En 1952, sortait simultanément sur les écrans en Italie et en France un film signé Julien Duvivier et qui devait marquer de manière indélébile les esprits des deux pays dans cet immédiat après guerre. Ce film c'était "Le Petit Monde de Don Camillo". Premier d'une longue série dont Duvivier ne devait réaliser que les deux premiers. Le cinéaste sans doute fatigué du personnage récurent, avait passé la main à d'autres.
Le succès du film de part et d'autre des Alpes fut gigantesque. 13 millions de spectateurs dans chaque pays. Un raz-de-marée! Plus fort que Fanfan-la-tulipe avec la grande vedette du moment, Gérard Philippe.
Inutile de rappeler le thème du film. Les rivalités, entre le maire communiste, Peppone, et le curé du village, Don Camillo.
Les raisons contrairement à ce qu'on aurait pu penser ne tiennent pas uniquement aux deux acteurs chéris de tous, Fernandel pour les français et Gino Cervi pour les italiens. Ce succès populaire ne tient pas non plus au fait que c'est une comédie, drôle et enlevée, mais, qui l'eût cru, à la politique.
L'Europe en 1952, se reconstruisait sur les décombres de la guerre, et après, du moins dans certaines mesures, l'union sacrée qui avait réuni, les opposants à l'ocupant, la droite catholique et la gauche communiste avait volé en éclat. Chacun de chaque côté cherchant à se positionner politiquement. En Italie sous l'impulsion du Vatican, il fallait reconquérir le pouvoir sous la bannière DC, Démocratie Chrétienne face Au PCI, le Parti Communiste Italien qui avait incarné la résistance. En france le parti issu de la résistance qui prend de nom de MRP, Mouvement Républicain Populaire, d'inspiration catholique et regroupant globalement les tendances non communistes à l'exception des socialistes minoritaires, se dispute avec le PCF, Parti Communiste Français la première place aux élections de 45 et 46. Ainsi les catholiques et les communistes représentent les deux premières forces politiques des deux pays.

Français et italiens ne s'y trompent pas quand ils vont voir le Don Camillo. Le film est en phase avec ce qu'ils vivent et lisent dans la presse. Curieusement chaque camps y trouve son compte. De quoi animer les repas dominicaux en famille?