Les « PUPPI » un art populaire.
Nous voici rendus à l’orée du XIXe siècle.
Les temps changent. Peu à peu la comédie de masque disparaît. Le
théâtre qui réunissait dans le même divertissement public populaire,
public bourgeois, et aristocratique va évoluer vers des formes qui
vont scinder ces publics. En Italie c’est l’âge d’or de l’opéra qui
rassemblera encore. Mais on assiste par ailleurs à la naissance du
théâtre bourgeois qui écartera une partie des spectateurs.
Signe des temps le parterre d’où on assistait au spectacle debout se
remplie de sièges. Les cochers, les domestiques et le petit peuple,
public habituel, est relégué au « poulailler » tout en haut de la salle.
Ce qui ne l’empêche pas de manifester si la pièce ne lui convient
pas ou s’il juge que les acteurs sont mauvais. Ce que ne fait pas le
public du parterre plus poli et surtout plus en retenu. Mais ces
spectateurs populaires désertent pour se tourner vers d’autres salles
moins collet monté et des spectacles qui leur parle davantage que
ceux des scènes bourgeoises.
Il y a une forme de spectacle dont nous n’avons pas encore parlé : les
marionnettes Parfois appelées « puppi » en particulier dans le sud de
la péninsule et en Sicile. Spectacle populaire par essence, spectacle
de foire, de rue, ou de petits théâtre familiaux à Naples et en Sicile.
Cet art ne demande que peu de moyens, une estrade parfois, une
toile tendue entre deux poteaux des comédiens de bois, de chiffons
et de l’imagination. Et là on n’en manque pas !
Les saltimbanques sont partout. Ils jouent devant un public debout,
qui réagit, commente, siffle ou applaudit. Pour toute billetterie les
enfants passent un chapeau, bien sûr si l’occasion se présente et s’ils
sont adroits ils en profitent pour faire les poches des badauds fascinés
par le spectacle.
La vie est dure sur les routes et puis demain on sera ailleurs, bien
loin.
Les types de « puppi » sont nombreux, à gaine à fils, marottes, à
tringles..
Mais c’est à un type particulier de puppi que nous allons nous
intéresser. Pour leur richesse d’abord mais surtout parce qu’ils ont
donné naissance à un véritable art. Moins anciennes qu’on pourrait
le croire, elles apparaissent au début du XIXe Siècle mais ont un tel
succès qu’elles éclipsent toutes les autres formes de marionnettes, ce
sont les marionnettes dites siciliennes et napolitaines. Celles-ci
évoluent dans de petites salles, souvent chez des particuliers qui
ouvrent leur logis le temps d’une représentation.
Ces petits théâtres de marionnettes
sont avant tout des affaires
familiales.
Les puppi sont fabriqués souvent à partir de matériaux
de récupération, et les spectacles ne sont pas l’activité principale des
membres de la famille.
Elles perpétuent la tradition de la chanson de geste médiévale et plus
particulièrement la Chanson de Roland, ce neveu de Charlemagne,
grand pourfendeur, comme on sait, de sarrasins. Une culture
importée par les rois normands qui ont régné sur la Sicile.
Elles obéissent à une tradition bien établie, ce qui n’exclue pas une
grande inventivité. Tant pis alors pour le réalisme, la réalité
historique et les anachronismes.
Ce ne sont qu’histoires de chevalerie, de gentes dames, tout cela dans un déluge de bruit furieux de batailles, de cris, de coup de tonnerre, de ferraille, avec la participation active du public qui n'hésite pas à encourager les combattants, à conspuer les méchants et les traitres, car il y en a! ainsi que les sarrasins. Ce sont essentiellement des hommes adultes qui constituent ce public.
certaine liberté où les bonnes mœurs peuvent être malmenées et le
vocabulaire fleuri.
Les principaux personnages :
Roland (Orlando) toujours avec un corbeau sur son casque.
Renaud (Rinaldo)
et des Sarrasins
Les puppi tiendront la scène longtemps. Du moins jusqu’au dernier
quart du XXe du siècle dernier, concurrencés comme beaucoup
d’autres spectacles par la télévision et Internet.
Aujourd’hui quelques familles maintiennent la tradition, mais les
spectacles se professionnalisent, s’institutionnalisent et
s’embourgeoisent au risque de perdre la dimension populaire des
origines qui a fait son charme. Faut-il le regretter ? C’est un signe
des temps.
Si le côté artisanal de la fabrication des marionnettes demeure, on se
produit dans des festivals comme celui de Palerme et aussi à
l’étranger, les tour-opérateurs et offices de tourisme les proposent à
leurs clients tandis que les italiens restent devant la télé . Enfin,
ultime consécration, l’UNESCO l’inscrit en 2018 au patrimoine
culturel immatériel de
l’humanité.
Mardi prochain: Un train entre en gare de La Ciotat!







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