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vendredi 20 mars 2026

Printemps des poètes

 



Claude Turcheschi nous communique :


Samedi 21 à 17 h 30 notre atelier fera la lecture, en la salle Cassin, des poèmes écrits dans le cadre du printemps des poètes sur le thème de la liberté. nous vous attendons. Vous pouvez inviter des amis à vous accompagner. Amicalement.

vendredi 7 mars 2025

Poètes à vos plumes


La terre de Provence à toujours été riche en écrivain.e.s, poète.sse.s. Frédéric Mistral évidemment, mais aussi Jean Aicard. Inutile de parler de Marcel Pagnol, ni de Jean Giono, et de bien d'autres, tant ils sont nombreux. 

La terre de Provence fut aussi terre ouvrière avant d'être touristique. Aussi y eut-il des générations de travailleurs. On oubliera ici le monde agricole pour ne citer que ceux de industrie, de la mine, et de la marine.

Ce monde ouvrier fournit aussi des artistes, poètes, écrivains, peintres et sculpteurs.

Deux d'entre eux ont retenus notre attention, non en raison de leur notoriété, le temps qui passe étant bien ingrat envers ceux-ci, mais parce qu'ils étaient toulonnais. Louis Pélabon le poète ouvrier voilier, et Louis-Charles Poncy Poète maçon. Poètes oubliés à tort ou à ... raison:



Le premier Louis Pélabon (1814 - 1906) était voilier à l'arsenal de Toulon, douzième enfant d'une famille, il s'embarque à 14 ans comme mousse pour soulager la misère familiale. A 20 ans on le retrouve ouvrier voilier, en 1854 il est contremaître et commence une carrière littéraire en publiant des vers en provençal, puis il se risqua avec succès dans l'écriture de comédies, toujours en provençal puis en français. Chrétien convaincu, son œuvre chantera la charité, et l'humilité. Plus tard, il chantera aussi les louanges de Napoléon III et de ses victoires de Crimée, et d'Italie, oubliant au passage les déconfitures de la guerre Franco-Prussienne de 1870 et la fin calamiteuse de l'empereur, pour se consacrer la littérature religieuse.

Un poème par lequel Louis Pélabon répond à ceux qui lui dénient du talent.

Laisse la poésie

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !

Tous tes efforts sont vains, et bientôt les sueurs

Produites par l'excès d'un impuissant génie

Se mêleront un jour aux regrets, aux douleurs.

Ne sais-tu pas encor que sa route est secrète ?

De la mer où tu cours ne vois-tu point l'écueil ?

Tu seras un rimeur et non pas un poète,

Jeune présomptueux, réprime ton orgueil.

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !

Aujourd'hui ces labeurs sont devenus sans prix.

Ingrate passion, profonde frénésie ;

Ce cours est épuisé par de nombreux écrits.

Suis nos sages conseils, de ces fausses amorces

Ne soit plus désormais le jouet malheureux ;

Consulte (dit Boileau) ton esprit et tes forces

Avant de parcourir ce sentier périlleux.

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !

Quoi, faudrait-il te dire et de l'âme et du cœur

Qui n'est point du premier rang le public renie,

La médiocrité n'a point d'approbateur.

Occupe ton esprit à des choses utiles,

Mets pour fendre la mer des ailes aux vaisseaux,

Qui, plus faibles ou plus forts, n'en sont pas moins habiles,

Et là tu recevras le prix de tes travaux.

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !

Sont-ce de vrais amis qui tiennent ces discours

Non, c'est plutôt, je crois, l'ignoble jalousie

Qui feint de prodiguer à mes maux du secours.

Je vous pardonne à tous pédants du dernier ordre,

Sots appréciateurs, prétendus beaux esprits,

Sur le moindre défaut votre dent cherche à mordre ;

Mais quand l'art a brillé, donnez-nous quelque prix ?

Va, crois-nous, Pélabon, laisse la poésie !

Quoi, pour anéantir la noble passion,

Qui me fait en souffrant redoubler cette envie

En versant dans mon cœur sa sublime onction,

Allez, ne croyez point éteindre mon courage,

Je saurai malgré vous soutenir mon ardeur ;

On s'embarrasse peu de votre vil suffrage,

La critique aux beaux arts ne sait point faire peur.

Non, non, je ne veux point laisser la poésie !

Non, ce n'est pas pour vous que j'entonne des chants,

Je veux rassasier ma noble fantaisie,

Après je foule aux pieds vos sophismes méchants,

Heureux dans mes travaux d'un succès éphémère,

Mes chants ne brûlent point de gloire, d'avenir,

Quand ma muse en produit, je célèbre ma mère,

Et rends grâce à l'auteur qui sait les lui fournir. 

Le Chant de l'ouvrier, 1842




Charles Poncy  1821- 1891

Le second, Maçon et protégé de George Sand, il s’est fait une place dans la génération des poètes-ouvriers d’expression française. Sa langue toulonnaise s’exprime principalement dans l’Armana Prouvençau. Il est élu Majoral du Félibrige en 1881.

Charles Poncy est né le 4 avril 1821 à Toulon. Il commence son apprentissage de maçon dès l’âge de neuf ans avec son père et son frère aîné. Il vit de son métier de maçon jusqu'en 1848, année pendant laquelle il se présente à l’Assemblée Constituante et ne sera d'ailleurs pas pas élu. Poncy ne sera jamais vraiment le poète prolétaire. S'il est sensible aux questions sociales tant espéré par George Sand et s'il parle de sa condition d'ouvrier, il reste le poète régional de Toulon et de la Méditerranée.

Après avoir étudié le droit et la géométrie, il quitte sa condition d’ouvrier. À partir de 1849, il occupe plusieurs postes dans différentes administrations. En 1850 il devient vice-président de la Société des Sciences et Belles-Lettres de Toulon, et en 1860 il reçoit la Légion d’Honneur. Il meurt le 30 janvier 1891 à Toulon, sans avoir laissé le souvenir d’un poète de grand talent.


Le Forgeron 

Debout devant mon enclume,

Prêt au travail me voici :

Dès que l’aube au ciel s’allume

Ma forge s’allume aussi.

Frappe, marteau, tors et façonne

Le métal qu’amollit le feu.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.

En vain la sueur m’inonde,

Mes bras n’en sont que plus forts.

C’est la sueur qui féconde

Mon courage et mes efforts.

On m’en voit, comme une couronne,

Une perle à chaque cheveu.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.         

Le riche, qui de ma blouse

Détourne son œil railleur,

Plus d’une fois me jalouse  

Ma gaîté de travailleur.

La gaîté, Dieu toujours la donne

A qui sait vivre heureux de peu.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.

J’aime à forger la charrue,  

Qui nourrit le genre humain ;

Mais jamais le fer qui tue

Ne fut battu par ma main,

Sur terre il ne faut que personne

Avant son heure dise adieu.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.

Pince, qui fend les carrières,

Balcon, où l’on prend le frais,

Soc, qui sillonne les terres,

Marteau, qui brise le grès :

Qu’on laboure, taille ou maçonne,

Mon ouvrage sert en tous lieux.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.                

Dans mon ténébreux asile

Je vis plus heureux qu’un roi ;

Lorsqu’à tous on est utile

On peut être fier de soi.

Cette forge que je tisonne

Du char du travail fait l’essieu.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.              

Vive la forge qui brille !

Dans cet enfer de charbon

On dit qu’en été que je grille,

Mais l’hiver il y fait bon.

Que toujours mon bras y moissonne

Le pain du jour, c’est mon seul vœu.

Que ta voix de fer, mon marteau, résonne

Pour glorifier le travail et Dieu.

Que tout cela est bien conventionnel vous en conviendrez! Voire réactionnaire dans l'esprit de l'époque. On est bien loin du regard porté sur le peuple et les travailleurs par Hugo, ou plus tard par Zola!


vendredi 3 janvier 2025

VŒUX

  

 En ces temps déraisonnables où le fracas des armes se répand à la surface du globe, où l'injure tient lieu de discours, où les tempêtes redoublent d'intensité, où partout les démocraties sont mises à mal, que souhaiter en ce début d'année?

   Les traditionnels vœux semblent bien dérisoires, aussi ne reste-il que la beauté des mots, qui élèvent l'âme et représentent une forme de résistance à la folie des hommes.

La Prière

Poème de Francis Jammes qui fut mise en musique jadis par Brassens le mécréant.

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère

tandis que des enfants s’amusent au parterre ;

et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment

son aile tout à coup s’ensanglante et descend

par la soif et la faim et le délire ardent :

Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus par l’ivrogne qui rentre,

par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre

et par l’humiliation de l’innocent châtié,

par la vierge vendue qu'on a déshabillée,

par le fils dont la mère a été insultée :

Je vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,

s'écrie : « Mon Dieu ! » Par le malheureux dont les bras

ne purent s’appuyer sur une amour humaine

comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène ;

par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne :

Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,

par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,

par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,

par le malade que l'on opère et qui geint

et par le juste mis au rang des assassins :

Je vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri,

par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid,

par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée,

par le baiser perdu par l’amour redonné,

et par le mendiant retrouvant sa monnaie :

Je vous salue, Marie


vendredi 14 juin 2024

Toulouse

la ville rose dont la fleur est violette

1323. Nostalgiques du temps passé et perdu des troubadours, comme quoi le "c'était mieux hier" ne date pas d'aujourd'hui",  sept notables de la ville décident de créer un concours de poésie. Sept notables qui en dehors d'un poète d'essence noble étaient  marchants, banquiers, notaires. Les temps ont bien changés! imaginons les patrons (les noms sont pris au hasard et ne visent personne) de Leclerc, de Paribas et quelques tabellions se réunissant pour créer un prix de belles lettres.



Mais ce n'est pas sans arrières pensées. Il fallait promouvoir la langue d'Oc menacée par le parlé d'Oïl, langue barbare s'il en est, et qui s'impose dangereusement sous la pression de la couronne de France. 

Les poèmes devaient bien entendu être écrits en langue d'Oc et se devaient d'être déclamés par leurs auteurs au cours d'une fête dite de la violette, pour la simple raison que le trophée remis au vainqueur est une pièce orfèvrerie représentant une violette.



La première joute poétique eut lieu l'année suivante en 1324 et à quelques exceptions prêtes perdurent jusqu'à nos jours sous le nom de "Jeux floraux".

Les Capitouls ou si vous préférez le Conseil Municipal de la ville offre les précieuses fleurs d'or. 

Evidement toute pièce à son revers, et si les premiers Jeux sont l'occasion de banquets et de fêtes. Ainsi que l'énoncent leurs créateurs: "notre plus grande volonté, notre souci et notre désir, c'est de chanter et de nous réjouir". Il fallait endiguer les débordements, aussi les autorités édictent des règles "pour donner de bonnes doctrines et de bons enseignements, à la louange et honneur de Dieu Notre Seigneur, et de sa glorieuse Mère et de tous les saints du paradis, pour l'instruction des ignorants, pour retenir les amants fous et sots (...) ennemis du gai savoir".

Très vite la renommée des Jeux floraux dépassa les limite du Comté de Toulouse et le français accepté comme langue conjointement à l'occitan. C'est ainsi que parmi les lauréats on remarque un certain Ronsard et bien plus tard Voltaire, Fabre d’Églantine, Chateaubriand, Victor Hugo et Frédéric Mistral qui écrivait en Occitan provençal.

 Louis XIV qui n'appréciait guère les initiatives régionalistes, mis la main sur les Jeux qui devinrent l'Académie Royale des Jeux floraux. Pendant la Révolution les jeux furent suspendus. Ils sont rétablis par Napoléon. À l'époque contemporaine, tandis que la ville de Toulouse pense suspendre les subventions à l'académie, une voix s'élève, celle de Jean Jaurès. La subvention est accordée. Nous sommes en 1890. Il est vrai que Jaurès est le régional de l'étape et pèse lourd à l'époque!



Aujourd'hui sept siècles après leur création, les Jeux floraux perdurent et sont toujours aussi vivants.


vendredi 12 février 2021

Le dormeur du val



Il y a eu 150 ans le 28 janvier, la France et l'empire d'Allemagne signaient un traité d'armistice mettant fin aux combats de la désastreuse guerre de 70. La France perdait l'Alsace et la Lorraine. Napoléon III est fait prisonnier. La défaite est précédée de la chute du second Empire. 

Au printemps, éprouvé par deux sièges, les parisiens mais aussi pour d'autres raisons et d'autres objectifs, Marseille, Lyon, Thiers, Alger, Martinique... refusent cette paix peu honorable et s'érigent en communes et souhaitent poursuivre le combat. La réalité est plus complexe mais la suite est connue. Nous y reviendrons.

Arthur Rimbaud a 16 ans. Marqué par la période le jeune homme compose un poème peut-être un des plus beaux et des plus touchants de la langue française.


photo jfg

                                                      Le dormeur du val

                                  C'est un trou de verdure où chante une rivière

                                  Accrochant follement aux herbes des haillons

                                  D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

                                  Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.


                                 Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

                                 Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

                                 Dort ; il est étendu dans l'herbe sous la nue,

                                 Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


                                Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

                                Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

                                Nature, berce-le chaudement : il a froid.


                               Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

                               Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

                              Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 Arthur Rimbaud, octobre 1870


vendredi 8 janvier 2021

JEAN AICARD



Poète, romancier régionaliste et auteur dramatique français. Sa célébrité n’a pas survécu à sa disparition et pourtant son pays natal lui rend régulièrement hommage.

Même si la pratique de l'histoire est une chose périlleuse, aujourd'hui plus qu'autrefois! Pour vous divertir (ou occuper) , nous vous invitons à découvrir quelques aspects de la vie et des textes de ce personnage qui écrivait: « Savoir est amusant, apprendre est ennuyeux. (...) L’ école m’enfermait, triste comme une cage. » ML

Voir plus:  http://etc-etc.fr/sss.php?d=jean-aicard-par-ml

                                                                                   




mardi 17 novembre 2020

poésie



Fernando Pessoa est connu surtout pour ses romans. Mais c'est également un poète délicat et sensible. Voici un extrait du "Le Gardeur de troupeaux" poème qu'on dira bucolique. 


Le Tage est plus beau que la rivière qui traverse mon village,

Mais le Tage n'est pas plus beau que la rivière qui traverse mon village,

Parce que le Tage n'est pas la rivière de mon village. 


Il y a de grands navires sur le Tage

Sur lequel navigue encore,

Pour ceux qui croient voir partout ce qui n'est pas là,

La mémoire des grands vaisseaux.


Le Tage descend d'Espagne

Et le Tage se jette dans la mer au Portugal.

Tout le monde sait ça.

Mais peu de gens connaissent la rivière de mon village,

Où elle va

D'où elle vient.

Et c'est parce qu'elle appartient à moins de gens

Que la rivière de mon village est plus grande et plus libre.


Par le Tage on va vers le monde.

Au-delà du Tage il y a l'Amérique

Et la fortune pour ceux qui la trouvent,

Personne n'a jamais pensé à ce qu'il y a au-delà

De la rivière de mon village.


La rivière de mon village ne fait penser à rien

Quand on est près d'elle on est simplement près d'elle.


Fernando Pessoa
Le Gardeur de troupeaux
Éditions Unes - NICE 2018

https://www.editionsunes.fr/