vendredi 3 janvier 2025

VŒUX

  

 En ces temps déraisonnables où le fracas des armes se répand à la surface du globe, où l'injure tient lieu de discours, où les tempêtes redoublent d'intensité, où partout les démocraties sont mises à mal, que souhaiter en ce début d'année?

   Les traditionnels vœux semblent bien dérisoires, aussi ne reste-il que la beauté des mots, qui élèvent l'âme et représentent une forme de résistance à la folie des hommes.

La Prière

Poème de Francis Jammes qui fut mise en musique jadis par Brassens le mécréant.

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère

tandis que des enfants s’amusent au parterre ;

et par l’oiseau blessé qui ne sait pas comment

son aile tout à coup s’ensanglante et descend

par la soif et la faim et le délire ardent :

Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus par l’ivrogne qui rentre,

par l’âne qui reçoit des coups de pied au ventre

et par l’humiliation de l’innocent châtié,

par la vierge vendue qu'on a déshabillée,

par le fils dont la mère a été insultée :

Je vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,

s'écrie : « Mon Dieu ! » Par le malheureux dont les bras

ne purent s’appuyer sur une amour humaine

comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène ;

par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne :

Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,

par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,

par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,

par le malade que l'on opère et qui geint

et par le juste mis au rang des assassins :

Je vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri,

par l’oiseau rappelant l’oiseau tombé du nid,

par l’herbe qui a soif et recueille l’ondée,

par le baiser perdu par l’amour redonné,

et par le mendiant retrouvant sa monnaie :

Je vous salue, Marie


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