mardi 16 juin 2026

Le génie italien de la comédie 4

 Et un train entre en gare de La Ciotat!



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Le cinématographe venait de naître. Les frères Lumière sans le savoir

allaient bouleverser le paysage de la représentation et du spectacle.

Rapidement, l’invention est prise en main par des artistes

visionnaires, venus du café-concert, du cabaret, du cirque. Méliès,

entre autres en France.


En 1897 un dénommé  
Frégoli né à Rome mais installé à Paris,


fait la connaissance d’Auguste Lumière et lui achète un appareil de

projection, avec l’autorisation de s’en servir. A l’époque les appareils

avaient la double fonction de caméra et de projecteur. Frégoli voir là

de quoi améliorer et renouveler ses numéros de transformiste. Il en

tirera des effets comiques. En cela, il peut être considéré comme le

pionnier de cinéma comique. Comme il fréquente les comédiens

italiens de Paris, les Alpes sont vite franchies par cette invention.


Le cinéma italien se constitue rapidement de manière autonome

.
Les spectacles cinématographiques sont composés de courtes fictions

de documentaires et pour clore la séance avec « la comica finale »



Ces premiers films comiques sont réalisés vers 1905.


Un acteur se dégage du lot et tournera un très grand nombre de fois

sous le nom de « Cretinetti » (tout un programme!) Ses succès font

de nombreuses vocations. Ce sont plusieurs dizaines de comiques

qui emboîtent le pas de Cretinetti. La plupart de ces films ont

aujourd’hui disparu mais il semble que ce n’est pas été de réels

chefs-d’œuvre. Très médiocres même, si on en croit les critiques de

l’époque.

En attendant, l’Italie qui a une grande tradition artistique s’adapte

parfaitement à ce nouveau medium et sera appelé à faire école.

Cretinetti aurait-il inspiré Buster Keaton ? Ce n’est pas

invraisemblable.


Ne nous attardons pas plus sur ces aventures de la « commédia

all’italiana ». Le genre sombre rapidement, tout le monde se lassant,

public, comédiens, producteurs. Il était temps de passer à des choses

plus élaborées, d’autant que la concurrence du cinéma américain est

rude. Il faut reconnaître que les burlesques américains étaient

 largement supérieurs.


Poussé par cette concurrence, les cinéastes italiens développèrent des

comédies plus élaborées. Naissance de la comédie de mœurs. Qui

met en scène, amours, mariages, et adultères. 


Mais ce qui manquait cruellement au cinéma italien et en particulier

à la comédie, c’était la parole, dans un pays où celle-ci règne en

maître et où la richesse de la langue et des dialectes est

incomparable. Il a fallu attendre les années 30 pour qu’enfin le

cinéma prenne cette parole en se libérant des chaînes du muet qui lui

rognaient les ailes.



Le parlant allait libérer les créativités, donner 
enfin aux comédiens

l’élan qu’ils attendaient. Les dialogues, les répliques allaient donner

une nouvelle dimension aux films, enthousiasmer le public, on allait

pouvoir sortir du burlesque, des coups de pied, des tartes à la crème

et des courses poursuite entre moustachus au regard charbonneux.

« La canzone dell’amore » sera le premier film parlant tourné en

Italie.


Seul bémol, Musolini ! Depuis sa prise de pouvoir en 1922 il a établi

une dictature. Une censure contrôle toute la production 

cinématographique. Alors pour produire les cinéastes s’autocensurent

et évitent tout ce qui peut avoir rapport à l’actualité ou des sujets peu

conformes à la morale fasciste.

A tel point que dans les films de cette époque on ne verra pas un seul

acteur avec une chemise noire. On ne sait comment cela aurait pu

être interprété par une censure tatillonne et suspicieuse.


Les comédies restent intemporelles et aucune allusion n’est faite à la

 politique. Il y a des résurgences de la comédia dell’arte et

 l’avènement d’un genre qu’on appellera plus tard les « péplums ».

 Un fera date « Néron » qui mélange Polichinelle et l’empereur de

 triste mémoire. Réalisé par Alessendro Blasetti, dans le style

 grotesque que des spectateurs avisés identifieront aisément au

 « Duce » mais que la censure ne percevra pas, ce qui n’est pas hélas

 le cas pour tous.


Mais ce sont surtout des romances d’amour que l’on tourne ou des

 comédies musicales. La mise en service en 1937 de Cinecittà

 


crée avant tout pour concurrencer Hollywood et tourner des films de

propagande ne changera rien à cette production en général assez

mièvre, à l’exception de quelques comédies brillantes qui feront

date. Quelques réalisateurs marqueront pourtant cette époque, et que

l’on retrouvera plus tard pour le meilleur, parmi lesquelles, «Victorio

de Sica ». Nombreux seront ceux qui y font leurs armes car s’il y a

peu de grands films à l’époque, la qualité technique est parfaite.

Si ces films rencontrent leur public il n’en est pas de même pour les

productions propagandistes qui sont à chaque fois des échecs

commerciaux et interrogent les dirigeants fascistes. Les italiens qui

au moment de la guerre d’Éthiopie avaient enfourché par

nationalisme le cheval des fascistes, s’en étaient peu à peu détachés

pour s’en couper complètement avec l’entrée en guerre de l’Italie en

1940.

Après une période entre 1940 et 1945 où l’incertitude politique était

grande, les comédies restaient encore loin des préoccupations des

italiens et restaient pour eux de simples distractions, mais une

nouvelle génération de comédiens de talent voyait le jour : Totò le

clown magnifique, les frères De Filippo, Gilberto Govi, Aldo Fabrizi

pour ne citer qu’eux.


Il faudra attendre la fin de la guerre pour que se libèrent

complètement les talents. Curieusement, après la libération les

productions cinématographiques ne cèdent pas à l’allégresse

générale, mais abordent des sujets plus graves, et abordaient la

réalité du moment, qui n’était guère brillante dans les années 45 à

50.


Naissait alors ce que l’on nomme le « Néo-réalisme » en réaction à

ce qu’on a appelé la période des « téléphones blancs »

des films souvent mièvres faits pour faire

 rêver les "sartine", les "midinettes".



 









Le néo-réalisme met en scène des récits souvent dramatiques, sur

 fond de pauvreté et de dureté de la vie. Mais la drôlerie n’est pas

 toujours absente. Nous sortons presque ici de la comédie, mais peut-

on faire l’économie d’un mouvement artistique aussi important,

 même s’il fut de courte durée. Ces films de la deuxième moitié des

 années 40 portent en germe les productions des décennies suivantes

 et qui décortiqueront la société italienne.

Ce sont des dizaines de films qui seront tournés à l’époque. Fictions,

 à forte imprégnation documentaire. Cette période inaugure un âge

 d’or du cinéma italien.


On retiendra seulement 4 films des plus emblématiques :


« Rome ville ouverte » 

de Roberto Rossellini



 avec Aldo Fabrizi
et Anna Magnani,

(sur l'occupation

 allemande)


« Païsa » de Roberto Rossellini, (sketches sur la libération par les

USA) beaucoup moins dramatique. 




                                    « le voleur de bicyclette » de Vittorio de Sica 

 « Riz amer » 


 de Giuseppe De Santi avec Silvana Mangano et Vitorio

 Gassman. (les mondines ces ouvrières misérables de la plaine du Pô)

CINé du Répertoire

Coïncidence à Toulon le cinéma Le Royal programme cette semaine RIZ AMER voir : https://www.cineroyaltoulon.com/_files/ugd/34bd50_d8a894d526c84b4aaa3c10d32eed4551.pdf


Pourtant dès le début des années 50, il y a une désaffection pour le

 néo-réalisme sombre. Le public se lasse, les réalisateurs aussi. Le

 public italien aime les comédies. Mais ses goûts on évolués, il lui

 faut des films qui ne soient pas uniquement des divertissements

, mais qui ne soient pas dramatiques pour autant. On assiste alors à

 une floraison de films qui montrent la réalité de la vie mais qui

 soient drôles.

.
La « commédia all’italiana » genre si profondément italien était née.

Elle devait inonder non seulement les écrans péninsulaires mais

 ceux du monde entier. Les studios tournent à plein régime, chaque

 année c’est environ 150 longs métrages qui sortent. Plus de 12 par

 mois ! Tous ne sont pas forcement des chefs-d’œuvre, mais c’est le

 signe d’une bonne vitalité et de santé économique pour le secteur.

 Quand le bâtiment va, tout va !  

 À cette époque un nom de comédien se détache. Totò  


 
Toto dans une parodie de Pépé de Moko 1937 

Entre 1950 et 1960 on le retrouve au générique de 55 films. Excusez

du peu ! Beaucoup tiennent par la personnalité de l’acteur comme

chez nous avec De Funes et donner naissance à un véritable genre.

C’était une immense vedette populaire. Grand improvisateur mais

difficile à cadrer pour les réalisateurs qui s’arrachent les cheveux


                                                                 Mario Monicelli


Dans cette période fastueuse, apparaissent des jeunes comédiens et

 comédiennes qui tiendront le haut de l’affiche pendant des années

 encore, Pour les hommes, Marcello Mastroianni, Alberto Sordi, Ugo

 Tognazzi, Nino Manfredi, Vittorio Gasman. Et pour les actrices

 Sophia Loren (ci dessous avec Mastoianni), Gina Lollobrigida, Claudia

 Cardinale, Anna Magnani. 



A cette époque les réalisateurs quel que soient leur talent et le succès

 de leurs films s’effacent au profit des acteurs. La nouvelle vague

 n’était pas encore passée par là avec la politique des auteurs chère

 aux Truffaut et Godard et qui influèrent sur toute la production

 mondiale malgré les réticences d’Hollywood.

C’est dans les années 60 que le genre atteint sa plénitude. Dans la

 foulée de film comme « Le Pigeon » de Monicelli tourné en 58

 arrivent des réalisateurs et des films qui vont faire muter la comédie

 italienne. C’est le temps des Dino Risi, des Comencini.


La comédie de mœurs évolue et prend un poids plus politique et

 social. On tourne des fresques historiques par exemple « La grande

guerre » de Mario Monicelli sur l’absurdité de la guerre avec

 beaucoup d’humour malgré le sujet.

.
On commence à parler de la corruption, de la « combinazione » des

 difficultés de vie. C’est pourtant l’époque du boom économique.

 Boom dont le peuple tarde à en voir les effets, surtout ceux du

 Mezziogiorno.


Le phénomène va durer jusqu’à aujourd’hui, même si les crises

 économiques n’ont pas épargné la production cinématographique

 comme toutes d’ailleurs. 



En 1979 paraît sur les écrans un film qui fera date et illustre bien

 cette période où on s’interroge. « Affreux, sales et méchants » d’

 Ettore Scola qui traite avec un humour décapant de la vie dans un

 bidonville de la banlieue de Rome, d’une famille venue du Sud.

 Avec Vittorio Gassman en chef d’une famille en pleine dérive,

 alcoolique, violent et tyrannique et une famille truculente et quelque

 peu amorale mais tellement sympathique.

Dans ces décennies on ne peut citer tous les réalisateurs tant ils sont

 légions. Les Antonioni, Visconti, avec ses grandes fresques, Sergio

 Léone,



L’inventeur du Western spaghetti, Bellocchio, Roberto Begnini,

Comencini, Pasolini, même si on ne peut le range dans la catégorie

 comédie, Dino Risi, et les contemporains Paolo

 Sorentino. Nani Moretti.

et bien entendu Frederico Fellini,




le géant, bien qu’il soit à part, avec une filmographie dépassant la

comédie en laissant une grande part au rêve, au fantastique et

l’introspection psychanalytique.

Que les autres me pardonnent.


Voilà pour ce panorama de la Comédie italienne. Un peu rapide

 certes, mais comment faire autrement devant une telle richesse et

 abondance tant en quantité et qu’en qualité, et qui n’a pas fini de

 nous étonner.

A vos écrans  !