Deuxième partie: Deux rénovateurs, Gozzi et Goldoni.
L’Italie
s’exporte, en France, où les artistes italiens trouvent un
public nouveau, et cela pour très longtemps. On le verra jusqu’à nos
jours avec le succès du cinéma italien.
Passent les ans. Le théâtre évolue.
Les personnages de la "commédia" évoluent peu à peu, mais c’est
surtout la forme théâtrale qui évolue.
On conserve les personnages et leur typologie. Il faut s’adapter au
public, qui ne se satisfait plus des « pantalonnades » dont il s’est
accommodé durant trois siècles.
Des
auteurs, le plus souvent directeurs de théâtres ou de troupes se
mettent à écrire et comme le théâtre est un divertissement populaire,
on y croise aussi bien les bourgeois et les nobles que leurs cochers.
Et comme le public s’y rend souvent plusieurs fois par semaine ou
même par jour, il convient de se renouveler en permanence.
Les pièces construites autour d’un argument en général très simple,
laissent des espaces libres pour l’improvisation. Les comédiens tout
en respectant la trame de l’action et les caractères de leurs
personnages, s’adaptent dans ces espaces et improvisent pour la plus
grande joie du public qui souvent revient pour voir comment
l’intrigue va évoluer.
Les
comédiens font usage de grande liberté, au grand dam des esprits
chagrins et des senseurs.
Sur scène, on n’hésite pas pour les hommes à trousser les comédiennes
qui elles n’hésitent pas non plus à faire étalage de leurs charmes,
pour la plus grande joie des spectateurs. L’époque est très
décomplexée sur le sujet !
C’est
alors qu’apparaissent deux personnages qui vont révolutionner
le théâtre et lui donner sinon ses lettres de noblesse du moins plus
d’élévation tout en restant populaire.
Carlo Gozzi et Carlo Goldoni tous deux vénitiens et mortels ennemis.
Goldoni est né en 1707, Gozzi en 1720. Rivalité, jalousie, on ne
compte plus les coups bas et les procès dont ils se gratifièrent.
Tout oppose les deux Carlo si ce n’est qu’ils sont morts tous les deux
à 86 ans. Belle longévité pour l’époque.
Goldoni est le réformateur, tandis que Gozzi conservateur et
traditionaliste.
C’est un aigri, mauvais coucheur,
chicaneur (on ne compte plus les procès
qu’il intente à ses contemporains).
Tout ceci nous fait penser à la « Querelle des anciens et des
modernes » version italienne et qui faisait rage depuis la
Renaissance.
Goldoni
(Que
l’on nomme le Molière italien) cherche
le réalisme des
situations, alors que son rival s’appuie sur la féerie des effets
scéniques, reproche à Goldoni de détruire la comédie de masques.
Gozzi dira sur Goldoni : « Amis, le voici ce bas-du-cul
rondouillard. Courront tous à ses trousses et barrons lui la route ».
On
peut dire pour employer un mot moderne, que Gozzi est plus
commercial, ses succès éclipsent Goldoni qui doit s’exiler à Paris où
il connaîtra alors le succès, deviendra professeur d’italien des
enfants de Louis XVI. Il mourra dans la misère en 1793, la
Révolution ayant supprimé
toutes les pensions de cour.
Mais chacun de son côté développe ce que l’on pourrait appeler une
« politique des auteurs » Les pièces de théâtre doivent être jouées
telles quelles ont été écrites. Dans le respect du texte. Extrême
nouveauté !
Venise
à cette époque n’est déjà
plus la Sérénissime de
l’âge d’or.
Pourtant à aucune époque elle n’a été aussi riche et féconde en
artistes: peintres Tiepolo, Canaletto, les Guardi, ou musiciens.
Vivaldi en tête .
Pour
ne citer qu’eux.
Tout au long de leurs carrières nos deux frères ennemis, écrivent tour
à tour des comédies, des drames, voire des comédies dramatiques où
peuvent se mêler à l’émotion des effets comiques ou même du
fantastique pour ce qui est de Gozzi. Goldoni s’inspirant du théâtre
français, qu’il connaissait bien tandis que Gozzi reste influencé par
le théâtre espagnol importé par les juifs chassés d’Espagne depuis la
période de la « Réconquista ».
Goldoni écrira plus de 200 pièces, en vénitien, sa langue maternelle,
en toscan et en français.
Pour les situer citons de Goldoni parmi les œuvres les plus connues :
Les rustres. Comédie de mœurs.
Quatre bourgeois (Les rustres) essaient d'imposer des
coutumes traditionnelles à leurs épouses, ils leur interdisent
de suivre les modes, de quitter la maison, même de regarder
par le balcon, d'aller à des fêtes ou de voir des comédies.
Bien sûr les dames se rebellent et montrent bien plus de
finesse que leurs époux..
Gozzi aura une œuvre théâtrale pléthorique ( comédies tragédies)
mais aussi des traductions (Marivaux , Boileau) une imposante auto-
biographie, dans laquelle il égratigne pas mal de ses contemporains
et en particulier bien entendu Goldoni son souffre-douleur.
Chez Gozzi on connaît Turandot une tragi-comédie qui devait
inspirer un opéra à Puccini.
C’est l’histoire d’une princesse chinoise qui pour choisir son
époux, et pour se venger d’une vieille affaire, soumet ses
prétendants à une épreuve qui comporte trois énigmes. En
cas d’échec, le prétendant est décapité mais s’il réussit il
montra sur la trône. Rassurez-vous tout se termine bien...
Enfin à peu près ! Bien sympathique demoiselle !
Gozzi fait preuve ici d’une grande misogynie. Ce n’est pas une
surprise vu le personnage. Comme quoi peut être un grand auteur et
quelqu'un d’exécrable !
Suite mardi prochain : Les « PUPPI » un art populaire.
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