Le blog ALPHAGRAMME reprend du service après quelques repos estivaux. Cette reprise à lieu sous le signe de la mer, avec un "post" sur la posidonie.
Bonne lecture.
Science
post,
est
un magazine
pluridisciplinaire de vulgarisation scientifique par internet. Tenu
et mené par une équipe de
journalistes scientifiques et de chercheurs
Science
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domaines variés :
biologie,
physique, écologie, histoire, médecine, technologies
etc.. et une multitude de curiosités.
A
consulter régulièrement.
Au mois de juin dernier, Science post s’est intéressé aux plages. Nous reproduisons ici cet article qui ne manque pas d’intérêt.
En retirant ces banquettes brunes pour plaire aux touristes, les communes ont littéralement accéléré la disparition de leurs propres plages
Chaque
automne, les plages méditerranéennes se couvrent d’un épais
matelas de feuilles brunes et froissées. Des tonnes de débris
végétaux que l’on appelle banquettes de posidonie. Pendant des
décennies, la réaction quasi automatique des communes littorales a
été d’envoyer des tractopelles pour faire disparaître ce
spectacle jugé peu vendable. Résultat ? Ces mêmes plages perdent
désormais plusieurs mètres de sable par saison. Le paradoxe est
brutal : en voulant rendre leurs plages plus attractives, les
municipalités ont accéléré leur propre disparition.
Un
bouclier naturel confondu avec un déchet
La
posidonie (Posidonia oceanica) est une plante endémique de la
Méditerranée qui pousse entre la surface et 40 mètres de
profondeur, formant de vastes herbiers au rôle central dans
l’écosystème marin. Ce n’est pas une algue, même si la
confusion est quasi universelle chez les baigneurs. Lorsque les
feuilles de posidonie meurent, elles se détachent naturellement et
sont poussées par les courants jusqu’aux plages. C’est là
qu’elles forment ces fameuses banquettes, épaisses, sombres,
parfois malodorantes, et perçues comme le signe d’une plage mal
entretenue.
Bien que la posidonie soit une plante protégée depuis 1988, il était d’usage pendant de nombreuses années de retirer les banquettes des plages. Cette coutume était une réponse « à des stéréotypes touristiques de la plage de sable blanc, tout fin, avec des cocotiers : plutôt que d’aller aux Antilles, on a essayé de reproduire les Antilles sur le littoral méditerranéen, et donc, on a dénaturé notre paysage littoral. » Le cercle vicieux est alors enclenché : on a pris l’habitude de retirer ces banquettes, une pratique contraire à la loi qui interdit le déplacement de la posidonie depuis 1988. Mais sans banquettes, plus de sable.
Pour compenser ce sable perdu, les communes ont recouru aux rechargements artificiels. Depuis quelques décennies, des milliers de tonnes de sable, souvent un sable de carrière abrasif, sont déversés sur les plages de Provence-Alpes-Côte d’Azur. La gestion des plages avec le retrait des banquettes est une catastrophe écologique, en plus d’être un fardeau économique pour les municipalités côtières. Et un fardeau qui se renouvelle chaque année, puisque ce sable importé, non stabilisé par la posidonie, repart à la mer dès la première tempête.
Ce mélange hétérogène de posidonie broyée et de sable est facilement disloqué et emporté lors des tempêtes, et le sable s’accumule sur le fond de galets pour former des rivières de sable s’étendant de plus en plus vers le large dans les herbiers au fil des années. La dégradation est donc double : la plage rétrécit en surface et les herbiers sous-marins s’étouffent sous les sédiments, affaiblissant encore davantage la protection naturelle à long terme.
Bien que la posidonie soit une plante protégée depuis 1988, il était d’usage pendant de nombreuses années de retirer les banquettes des plages. Cette coutume était une réponse « à des stéréotypes touristiques de la plage de sable blanc, tout fin, avec des cocotiers : plutôt que d’aller aux Antilles, on a essayé de reproduire les Antilles sur le littoral méditerranéen, et donc, on a dénaturé notre paysage littoral. » Le cercle vicieux est alors enclenché : on a pris l’habitude de retirer ces banquettes, une pratique contraire à la loi qui interdit le déplacement de la posidonie depuis 1988. Mais sans banquettes, plus de sable.
Pour
compenser ce sable perdu, les communes ont recouru aux rechargements
artificiels. Depuis quelques décennies, des milliers de tonnes de
sable, souvent un sable de carrière abrasif, ( les grains de sable
comme les galets d’origine fluvial ont une granulométrie et des
formes différentes de ceux d’origine marine. NDLR) sont déversés
sur les plages de Provence-Alpes-Côte d’Azur. La gestion des
plages avec le retrait des banquettes est une catastrophe écologique,
en plus d’être un fardeau économique pour les municipalités
côtières. Et un fardeau qui se renouvelle chaque année, puisque ce
sable importé, non stabilisé par la posidonie, repart à la mer dès
la première tempête.
Ce mélange hétérogène de posidonie
broyée et de sable est facilement disloqué et emporté lors des
tempêtes, et le sable s’accumule sur le fond de galets pour former
des rivières de sable s’étendant de plus en plus vers le large
dans les herbiers au fil des années. La dégradation est donc double
: la plage rétrécit en surface et les herbiers sous-marins
s’étouffent sous les sédiments, affaiblissant encore davantage la
protection naturelle à long terme.
Marseille
comme cas d’école, cinq ans trop tard
des
couches successives de sable et d’herbes qui créent un barrage
naturel à la progression de la mer. Ce dispositif fonctionne sur le
même principe qu’une éponge : ce mille-feuille de posidonie
retient le sable et freine l’érosion côtière. Cette
plante sous-marine, ramassée et bannie des plages marseillaises
jusqu’en 2023, est aujourd’hui vue comme une solution. La ville a
lancé une expérimentation dite du « mille-feuille » :
Les résultats sont là, et ils sont frappants. Sur la plage du Prophète, plusieurs mètres de sable auraient été récupérés en une seule saison, permettant même de préserver un parking à bateaux menacé par l’érosion. Un plongeur habitué de la Pointe Rouge le résume crûment : « il y a deux ou trois mois, il n’y en avait pas beaucoup et la plage avait réduit d’au moins deux mètres. Les gens trouvent ça sales parce qu’ils pensent que c’est une algue, mais c’est juste la nature. »
La
cité phocéenne compte bien « être un cas d’école pour
d’autres communes. » L’expérimentation des mille-feuilles
se déroule jusqu’en 2027. En parallèle, la Charte d’engagement
« Pour des plages de caractère en Méditerranée »
propose à tous les maires des communes littorales de s’engager à
maintenir les banquettes de posidonie le plus longtemps possible sur
leurs plages, idéalement jusqu’à début mai. À ce jour,
l’adhésion reste encore marginale au regard du linéaire côtier
concerné.
Quand
la pédagogie doit compenser des décennies d’erreurs
Le
verrou n’est pas technique. Il est culturel. Ces banquettes sont
généralement peu appréciées des baigneurs et touristes non
informés, qui considèrent cette accumulation comme un signe de
mauvais entretien. Convaincre un vacancier que la plage « propre »
qu’il cherche est en réalité une plage maltraitée demande un
effort de communication que peu de communes ont encore consenti à
faire.
Certaines communes du Var ont pourtant ouvert la voie. Le Lavandou s’engage à conserver les banquettes de posidonie en toute saison. Après des années d’expérimentation, la ville a déployé une stratégie renforcée de gestion raisonnée du sable consistant à adapter le nettoyage : le nettoyage manuel est privilégié sur toutes les banquettes, et les agents interviennent quotidiennement pour enlever manuellement les déchets d’origine humaine sans toucher aux posidonies. Un modèle qui prouve qu’il est possible de réconcilier propreté perçue et préservation réelle.
La Stratégie nationale Biodiversité 2030 vise désormais « 100% des herbiers de posidonie de Méditerranée sous protection forte. » Sur le papier, l’ambition est là. Mais la posidonie est une espèce protégée depuis longtemps (1988), sans que la destruction ou la dégradation de ces vastes prairies aient pu être enrayées. L’enjeu n’est donc plus réglementaire : il est dans la capacité des élus locaux à résister à la pression des opérateurs touristiques et à expliquer à leurs administrés que la plage brune et touffue de septembre est la condition de la plage large et ensoleillée de juillet.











