vendredi 14 juin 2024

Toulouse

la ville rose dont la fleur est violette

1323. Nostalgiques du temps passé et perdu des troubadours, comme quoi le "c'était mieux hier" ne date pas d'aujourd'hui",  sept notables de la ville décident de créer un concours de poésie. Sept notables qui en dehors d'un poète d'essence noble étaient  marchants, banquiers, notaires. Les temps ont bien changés! imaginons les patrons (les noms sont pris au hasard et ne visent personne) de Leclerc, de Paribas et quelques tabellions se réunissant pour créer un prix de belles lettres.



Mais ce n'est pas sans arrières pensées. Il fallait promouvoir la langue d'Oc menacée par le parlé d'Oïl, langue barbare s'il en est, et qui s'impose dangereusement sous la pression de la couronne de France. 

Les poèmes devaient bien entendu être écrits en langue d'Oc et se devaient d'être déclamés par leurs auteurs au cours d'une fête dite de la violette, pour la simple raison que le trophée remis au vainqueur est une pièce orfèvrerie représentant une violette.



La première joute poétique eut lieu l'année suivante en 1324 et à quelques exceptions prêtes perdurent jusqu'à nos jours sous le nom de "Jeux floraux".

Les Capitouls ou si vous préférez le Conseil Municipal de la ville offre les précieuses fleurs d'or. 

Evidement toute pièce à son revers, et si les premiers Jeux sont l'occasion de banquets et de fêtes. Ainsi que l'énoncent leurs créateurs: "notre plus grande volonté, notre souci et notre désir, c'est de chanter et de nous réjouir". Il fallait endiguer les débordements, aussi les autorités édictent des règles "pour donner de bonnes doctrines et de bons enseignements, à la louange et honneur de Dieu Notre Seigneur, et de sa glorieuse Mère et de tous les saints du paradis, pour l'instruction des ignorants, pour retenir les amants fous et sots (...) ennemis du gai savoir".

Très vite la renommée des Jeux floraux dépassa les limite du Comté de Toulouse et le français accepté comme langue conjointement à l'occitan. C'est ainsi que parmi les lauréats on remarque un certain Ronsard et bien plus tard Voltaire, Fabre d’Églantine, Chateaubriand, Victor Hugo et Frédéric Mistral qui écrivait en Occitan provençal.

 Louis XIV qui n'appréciait guère les initiatives régionalistes, mis la main sur les Jeux qui devinrent l'Académie Royale des Jeux floraux. Pendant la Révolution les jeux furent suspendus. Ils sont rétablis par Napoléon. À l'époque contemporaine, tandis que la ville de Toulouse pense suspendre les subventions à l'académie, une voix s'élève, celle de Jean Jaurès. La subvention est accordée. Nous sommes en 1890. Il est vrai que Jaurès est le régional de l'étape et pèse lourd à l'époque!



Aujourd'hui sept siècles après leur création, les Jeux floraux perdurent et sont toujours aussi vivants.


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