Ce qui nous crève les yeux nous rend aveugle
Gérard Mordillat dans un article récent du Monde Diplomatique pose la question: Qu'avons-nous devant les yeux et que nous ne voyons pas?" Il prend pour exemple la Crucifixion dans la tradition picturale chrétienne.
Mantegna, Crucifixion
Que voyons-nous sans avoir seulement l'idée de remettre en cause la chose vue? Jésus en croix entouré des deux larrons. À sa droite le bon et à sa gauche le mauvais. Pourtant que disent les évangiles? Et bien pas grand-chose. Jean est le seul à relater la scène et le doute s'installe:
"Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes.
Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau." [Jean 19]
Le lecteur comprend immédiatement que les soldats chargés de la sinistre besogne brisent les jambes du premier larron puis du second et arrivant devant Jésus constatent qu'il est mort, nul besoin de lui briser les jambes afin de hâter celle-ci.
Conclusion: le Christ n'était pas entre les larrons mais bien en bout de file contrairement à l'iconographie classique.
Cela ne changera pas la face du monde ni nos rapports à la foi, mais doit nous faire réfléchir sur la valeur des "vérités" communément admises.

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