vendredi 22 février 2019

Le curé de Mons

Nous retrouvons le curé François aux prises avec un mécréant.


Du sacerdoce

  texte Jean-Pierre ORCIER
  illustration JFG

Pour vous dire à quel point François devait se décarcasser dans sa mission évangélique de longue haleine, il suffit de suivre cette conversation qui, à l’époque, avait navré ses ouailles les plus fidèles et fait s’esclaffer la bande d’énergumènes incroyants qui l’entourait néanmoins.

A son habitude, Pierre se gardait bien de gravir le parvis de l’église comme si fouler le saint sol lui donnait des démangeaisons intempestives sur la couenne, des bàti-bàti rapides dans la poitrine et une brusque coquetterie dans l’œil qui détournait immanquablement son regard. Pourtant, ce jour-là, le hasard ou la Providence ou encore quelque obligation pressée qui exigeait de couper au plus court sur son chemin le fit tomber nez à nez avec son meilleur contradicteur et pourtant collègue, Monsieur le curé en personne et en soutane, devant la porte monumentale de son sanctuaire, au moment où les cloches carillonnaient à toute volée. Ne pouvant pas échapper à ce face à face imprévu, Pierre s’égosilla pour se faire entendre :

- « Eh bien, tu en fais un de boucan avec tes sonnailles ! C’est un monde de casser les oreilles du pauvre peuple à ce point !

- Vois-tu, j’ai besoin de réveiller les consciences assoupies qui réclament de bonne grâce et avec piété le salut de leurs âmes et… surtout tambouriner à cor et à cri la cabucelle des indécrottables comme toi  sourds à la Rédemption ! Néanmoins, l’espoir que tu vires de bord est toujours permis, pas vrai ? Qu’une subite inspiration divine vienne te chatouiller la compréhension du mystère de la foi ! Une lumière céleste qui ensoleillerait enfin la noirceur de ton esprit ! Pourquoi pas ? Ça c’est déjà vu ! Ainsi Saint Paul sur le chemin de Damas…







- Oh ! Je t’arrête tout de suite ! Je connais tes stratagèmes de cureton sympathique. Si tu me prends pour un futur illuminé, tu te trompes, je crois pas au miracle, moi !
- Enfin, je te fais juge ! Ecoute ceci, estimé bolchevik ! Si par malheur un homme dégringolait de ce clocher que tu escaladais en douce naguère pour sonner l’angélus à minuit - tu vois, j’ai eu vent de tes couillonnades juvéniles pour te faire mousser auprès des filles et enquiquiner les pauvres vieux dans leur sommeil - et se retrouvait sur ses pieds totalement indemne, ne crierais-tu pas au miracle providentiel ?

- Pas le moins du monde ! Je dirai qu’il a eu de la chance ! Une veine de cocu !

- Et si le même homme chutait derechef, se redressait en pleine forme comme le paralytique guéri par Jésus et rentrait chez lui en sifflotant, n’y verrais-tu pas un miracle encore plus grand ?

- Pas l’ombre d’un prodige ! Une coïncidence, tout au plus ! Un concours de circonstances qui tombe… à pic !

- Démonstration infaillible de l’erreur ! Incarnation de la mauvaise foi, esprit obtus, tu persistes naturellement dans tes certitudes. Soit ! Je le conçois encore, mais en voilà un de testard ! Pour finir, si la même aventure se reproduisait une troisième fois avec les mêmes conséquences heureuses pour le bonhomme, reconnaîtrais-tu enfin une merveille, un signe divin ?

- Tu me prends pour un tòti ? C’est tout simplement une grosse habitude, voilà ! Ton zouave, il a de l’espérience ! Et même profonde…

- Ô Seigneur ! L’incrédulité est plus forte que le miracle ! »

bàti-bàti : palpitations ; cabucelle : le couvercle, la tête ; testard : têtu ; tòti : nigaud, imbécile ; l’espérience : (francisé) l’expérience



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire