vendredi 9 février 2024

Bastien de Caracous s'en va en guerre


Le récit qui va suivre a été conté à l'auteur de ces lignes par son principal protagoniste. Il retranscrit une page de notre histoire au ras des hommes et qui se déroule quelque part entre Draguignan et Marseille.

      On ne devient pas un brave aussi facilement qu'on peut le croire. Il faut que les circonstances s'y prêtent. Le désir et la volonté ne suffisent pas. L'histoire de Bastien de Caracous le montre s'il était nécessaire. N'allez pas surtout vous imaginer que du sang bleu coula dans les veines de notre homme; il était simplement natif du hameau de Caracous, dix maisons à coté de V....  Si on le nommait ainsi c'était de manière à ne pas le confondre avec tous les autres Bastien et Dieu sait qu'il n'en manquait pas dans les environs. Par ailleurs il était surnommé Tintin, ce qui est sans importance pour l'histoire qui va suivre.

      Dès l'enfance Bastien, impressionné par les exploits de Clovis, Bayard et autres Bonaparte, rêvait de faits d'armes et gloire.

      Pour lui le 11 novembre 1918 et l'armistice d'une terrible guerre, fut une sorte de déception. Trop jeune il n'avait pu être mobilisé et c'est seulement une fois la guerre terminée qu'on voulut bien de lui au service de la patrie, quand il n'y avait plus rien à défendre et restait à marcher au pas dans une cour de caserne. Aussi quand il reçut en 1939 son ordre de mobilisation, bien qu'il n'eut déjà plus l'âge des folies héroïques, il crut son heure venue.

      Sergent et à la tête d'une section de réservistes il reçut l'ordre de monter au front début juin 1940. 

Comme il n'était prévu aucun moyen de transport, c'est donc à pied que la petite troupe quitta Draguignan en direction de Marseille où ils pouvaient espérer qu'un chemin de fer les transportent qui vers la gloire, qui vers de lendemains qui déchantent. Croquenots trop grands… ou trop petits, uniformes éculés, chargés du paquetage réglementaire, de vieux fusils, la petite troupe marcha sinon au pas du moins en traînant les pieds pendant deux jours. 

Comme le rythme ralentissait le sergent Bastien dit Tintin, soucieux de ménager les forces de ses hommes et ayant repéré dans un champ un âne trouva qu'il ferait parfaitement l'affaire pour porter les bardas et ainsi alléger la charge de ses hommes. 

      Le paysan, propriétaire de l'animal, un vieil homme, renâcla bien un peu, mais Bastien fit preuve d'autorité et signa un bon de réquisition en bonne et dûe forme afin que le bonhomme puisse récupérer son animal une fois la guerre terminée. Le vieux regarda son papier d'un air dubitatif et se résigna. Et c'est ainsi qu'ils reprirent leur route.

Ils marchèrent encore un jour.

    À l'entrée d'un village, ils rencontrèrent une bonne femme qui ramassait de l'herbe pour ses lapins.

- Hé! Vous allez où comme ça les gars?

- Au front ma brave dame défendre la patrie en danger! Répliqua Tintin un brin bravache.

- Vous ne savez pas? La guerre est finie. Les Allemands sont à Paris. Ils ont défilé hier sur les Champs-Élysées. C'était dans le journal!

Bastien se gratta le crâne, signe d'une profonde réflexion, puis:

-  Maintenant direction la plus proche gendarmerie, on dépose les armes et chacun rentre chez soi. 

Ceci fait, on libéra le baudet qui ne demanda pas son reste et s'en alla brouter sur un talus au bord de la route.

Ainsi s'achevèrent les rêves de gloire de Bastien de Caracous dit Tintin.


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