mardi 10 décembre 2024

L'abbaye du Thoronet suite 3

                      


La vie monacale au Thoronet



La vie monacale est très hiérarchisée. Au sommet est l'abbé puis venait le prieur qui le remplaçait en cas d'absence ou d'incapacité. Puis le maître des novices, le sacristain, le chantre, l'infirmier, le cellérier, l'hôtelier et le portier, chacun ayant sa responsabilité propre. Ceux-ci pouvait être en relation avec le monde, ce qui n'était pas le cas des autres frères  Puis venaient les frères simples sans affectation propre. Ensuite venaient les convers, qui assuraient les tâches manuelles et domestiques. Ouvriers, cultivateurs. Ils obéissent aux mêmes règles que les moines, mais assouplies afin de pouvoir travailler.

Le domaine était mis en valeur et exploité indépendamment des frères, par ce qu'il est convenu d'appeler la familia paysans travaillant sur le domaine mais libre ce qui les différenciaient des serfs et des paysans propriétaires de l'époque. Si on osait une comparaisons, on dirait aujourd'hui, anachroniquement, des "salariés" à qui l'abbaye devait protection suivant la formule: "hommes libres sur une terre libre" mais devaient une soumission et une disponibilité totale, sans être attachés comme pouvaient l'être les serfs. Il n'empêche que les conditions de vie devaient être très dures.   


Ces familles paysannes vivaient à distance de l'abbaye dans des granges du nom latin grangia sorte de hameaux ou centre d’exploitation agricole ou pastorale. Les conditions d'habitat devaient être rudimentaires. Mais nous ne connaissons que peu de choses sur ces gens et leurs conditions de vie très misérable. 
Sans avoir eu besoin de faire vœux de pauvreté ils devaient la vivre plainement. On peut simplement avancer qu'ils devaient partager les conditions de vie les paysans de l'époque. plus proche de celle des animaux que de celle des humains.

Le domaine foncier de l'abbaye, constitué à partir de dons des seigneuries provençales s'étendait jusqu'au littoral bien que dispersées avec des salins et vers ce qui est le Haut Var pour des pâturages et parfois des propriétés jusqu'en Haute Provence.

Les moines 


Comment devenir moine? Cela parait assez simple. Il suffisait de se présenter à l'entrée d'une abbaye et quand le frère portier demande ce que l'on vient chercher lui répondre: " Je viens chercher la miséricorde de Dieu". Alors on peut être admis comme novice. Bien entendu il devait y avoir une sorte d'examen, on peut l'imaginer. Pour devenir moine, déjà il fallait savoir lire, ce qui n'était pas fréquent au XIIe siècle. On peut imaginer que les candidats illettrés devaient eux montrer des bras solides... pour devenir frères convers apte au travail.

Après son entrée, le postulant était confié au maître des novices pour une période  d'un an à l'issue duquel il prononçait, pour entrer au chapitre, les vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance. Il recevait la tonsure "la coule", robe longue en laine blanche avec capuchon. 

La journée monacale est ordonnée de manière stricte. Suivant la règle de Saint Benoît, où alternent, offices, travail, et repas. C'est la liturgie des Heures scandée  par la cloche.  Le silence est respecté de manière presque absolue en tous temps, en tous lieux. Les déplacements et déambulations se font toujours capuchon baissé sur le visage et mains croisées sur la poitrine. Tous les gestes du quotidien sont codifiés et prévus par la règle.


Le silence. Celui-ci n'est toutefois pas total, mais sont proscrits tous bavardages inutile. Les moments de la journées sont accompagnés de chants, de lecture à voix hautes, de prières. Mais le silence est rompu lors des réunions du chapitre. Il faut bien débattre de la marche de l'abbaye! 
Cependant la langue est considérée comme la porte du péché et doit donc être retenue. On s'adresse à l'autre avec respect, humilité et gravité. Et puis la langue est faite pour instruire, méditer, louanger Dieu. Au maître de parler, au disciple de se taire et d'écouter. La contemplation du seigneur ne peut être que dans le silence. Parfois se sont des signes codés qui remplacent la parole.

Le rire aussi est banni. On se souvient du "Nom de la Rose" d'Humberto Ecco et du débat théologique autour de: "Christ rit-il?".

L’office monastique comporte 7 offices par jour dont un office de nuit.

4 h du matin Lever et office des Vigiles (appelé aussi Matines)   












7h30 office des Laudes
8h45 office de Tierce
10h  messe 
11h45 Laudes
Midi: repas.  
Simple il est pris en silence bien sûr, en commun dans le réfectoire après lavage des mains au lavabo. Avec celui du soir, ce sera la seule hygiène acceptée et .. obligatoire. Le menu est composé de légumes, de laitage, de pain. Suivant les époques, le vin était autorisé ou interdit, de toute façon en quantité minime. Pas de viande. En période de Carême il n'y aura qu'un seul repas le soir. 
13 h 30  None 
16 h 30  Vêpres,  suivies de l’Adoration
19h repas
20 h 00 Complies 
20h30  Coucher.  



  Une simple paillasse recouverte d’une couverture en laine dans un dortoir non chauffé. Pas de draps. Une simple couverture de laine. Le moine dormira habillé, il garde également ses chaussures de façon à être près à tout instant pour se rendre au travail ou à l'église.
L'abbé et le prieur eux bénéficierons d'une chambre.   
Les horaires pouvaient varier selon les saisons.

Les convers 

Ces règles propres qui régissent les convers sont appelées "us et coutumes". L'expression est restée dans le langage courant. Elles réglaient les horaires de lever et de coucher, les horaires de prières, des offices auxquels ils participaient, du travail. Les règles sont moins strictes que pour les moines. Ils faut bien leur laisser quelques forces pour les travaux des champs. La journée de travail s'étendait du levé du jour à la nuit tombante. Pas de 35 h ni de congés payés...

Les convers sont des frères, issus le plus souvent de milieux paysan, ils vivent séparés des moines. Ils ne sont pas tonsurés, portent la barbes. Ils ont leur propre dortoir, leur propre réfectoire, et à l'église une place différente. C'est sur eux que reposait l'activité économique de l'abbaye. L'activité spirituelle et intellectuelle reposant elle sur les moines, cloîtré et contemplatifs. On dira pour simplifier que les convers sont des moines de second ordre!

Dans les premiers temps, les convers sont vêtus comme les serfs. 

 Tunique, scapulaire, ceinture de cuir, caleçon et chaussures. ce n'est que plus tard qu'il reçurent la Chape, sorte de robe longue, 39  mais moins ample que celle des moines. 
Comme les moines ils dorment en dortoir ont un réfectoire à part. Idem pour les latrines.
À l'issue d'une période de noviciat ils prononçaient également des vœux. Pauvreté, chasteté, obéissance.
Ils sont aussi astreints au silence sauf pour les nécessités du travail. 

Une grande différence avec les moines, ils étaient autoriser à faire la sieste. La méridienne après le repas de midi. Ils bénéficient aussi de repas moins frugaux.
 Le repas du midi était appelé comme pour les moines, la "pitance", celui du soir était le "mixte".
Pour la pauvreté de ciel y pourvoit!
Pour ce qui est de la chasteté se devait être plus aléatoire, beaucoup de convers logeaient sur les lieux de travail, chantiers, fermes et granges. Les tentations de la chair pouvait s'y rencontrer... Et puis beaucoup s'étaient engagés plus pour fuir la misère que par réelle vocation. Des documents relatant des inspections de l'abbaye montrent qu'il était nécessaire de temps à autre de procéder à des mises au point.

Pour l'obéissance là aussi cela devait poser quelques problèmes. La règle de Saint Benoît n'est pas suivi forcement à la lettre, en particulier pour ce qui est du silence. Pour la nourriture non plus, d'origine paysanne il arrivait aux convers d'améliorer le menu en s'adonnant à la chasse. Idem pour le vin qui leur était accepté à la pitance dans certaines circonstances, l'hiver en particulier pour les réchauffer.. et dont il leur arrivait parfois d'abuser.

Comme vous pouvez le voir la vie au Thoronet était d'une rudesse extrême, pour les moines comme pour les convers on est très loin des idées souvent amusantes colportées par l'imaginaire populaire... 














... pour les moines du marketing jusqu'aux moines paillards qui enchantèrent les corps de gardes et les soirées bien arrosées. 





















Et comme il faut conclure:
Mardi 17 décembre

                               "Quelques personnages importants liés au Thoronet"
à mardi




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