mardi 21 janvier 2025

LA MER ET LA MARINE



C'est un livre qui traîne dans la famille depuis... environ 130 ans. Comment est-il parvenu dans des lieux aussi éloignés de la mer et des préoccupations de gens qui n'avaient jamais vu d'océans et n'en verront jamais pour certains? Il sera impossible de répondre à cette question. 

Toujours est-il que LA MER ET LA MARINE d'un certain Maxime Petit publié en 1889 aux éditions Hachette est en ma possession. Je vous en livre aujourd'hui un extrait, introduction du chapitre qui traite des naufrages et qui s'appuie sur un tableau signé Joseph Vernet (1714 - 1789), le grand-père d'Horace.

On verra par ce texte les dangers encourus par les marins jusqu'à la fin du XIX siècle où la marine à voile et en bois dominait encore sur l'ensemble des mers, qu'elle soit de guerre ou marchande.

La toile reproduite ici n'est vraisemblablement pas celle décrite ci-dessous, mais une d'elles parmi les très nombreuses scènes de naufrages peintes par Joseph Vernet.

 

    "Joseph Vernet, dans un tableau d'une touche vive et ferme, où il a déployé en quelque sorte toute la poésie de son pinceau, s'est élevé jusqu’au dernier degré de l'horreur tragique. Ce tableau, qui date de 1763 est aujourd’hui au musée du Louvre: il représente un naufrage. La pluie tombe avec violence. Un vent terrible soulève les flots furieux. Les rayons du soleil, réfléchis par la nappe liquide, éclairent, éclairent au loin les montagnes qui bordent la vue. Contre un récif à fleur d'eau, un navire se brise, dont l'équipage essaye de se sauver en gravissant le roc, cause du sinistre. Quelques marins, pressés dans une chaloupe, veulent aborder le rivage, d'où un groupe de riverains leur jette des cordes. Le flot, chaque fois qu'il recule, déjoue les efforts des uns et des autres et, tombant sur l'arrière du navire, menace sans cesse de l'engloutir. Sous la voûte que forme la montagne, une femme éplorée adresse au ciel une prière muette, tandis que la mer bouillonnante se découvre jusqu'à l'exrême horizon avec des tons noirâtres.

    Ce tableau est un des chef-d'œuvre de Vernet. Il brille au premier rang parmi ces toiles nombreuses où tant de peintres remarquables ont représenté le mouvement tumultueux des eaux, le spectacle horriblement beau des mers bouleversées, des esquifs qui chavirent, qui capotent, qui sombrent ou qui viennent à sancir.* 

    C'est en effet bien digne de tenter l'artiste que la représentation des naufrages, ces accidents de mer aux causes variées, aux circonstances multiples, aux conséquences souvent affreuses. Tantôt le navire périt par suite de voies d'eau; tantôt il est victime des orages, des trombes, des cyclones, des tornados, des ouragans, des rafales ou des bourrasques; tantôt des tremblements sous-marins surviennent, qui l'engloutissent. D'autres fois il doit sa perte aux courants, aux barres de fond, aux mascarets, aux raz de marée, ou il sombre à la suite d'un incendie, d'une explosion. Approche-t-il des côtes, il court le risque de se briser contre les récifs comme dans le tableau de Joseph Vernet. Aujourd’hui il se heurte contre un autre navire, contre un corps flottant quelconque, contre des épaves, contre des glaces (s'il est dans les régions polaires) ; demain le brouillard ou l'obscurité voile la lumière des phares, et c'en est fait de lui s'il est commandé par un capitaine malhabile. Tout cela est profondément triste, mais la science s'en est émue: le jour est proche où ses calculs et ses prévisions, en même temps que le perfectionnement des constructions navales, rendront les naufrages de moins en moins fréquents. (...) 

* Sancir: En parlant d'un navire, couler bas en plongeant d'abord son avant.  (Littré)


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