mardi 17 mars 2026

Tancarville

Un voyage dans le temps et bien au Nord !

Tancarville nom propre bien sûr, mais aussi nom commun. Il désigne plusieurs choses. A l’origine une commune de Seine-Maritime, puis un canal du même endroit, puis plus récemment un pont suspendu sur la Seine et par extension un séchoir à linge.

 


Mais celui qui nous préoccupe c’est le ponton du même nom surmonté d’une structure, amarré au port du Havre au tout début du XXe siècle installé pour le déchargement du charbon et qui fut détruit dans un accident en 1912. 


Cela n’aurait en soi aucun intérêt si ce Tancarville n’était à l’origine d’un conflit social entre les dockers et leur employeur et d’une affaire judiciaire.
1910, les dockers à l’époque déchargeaient le charbon ou le chargeaient pour avitailler des navires en sacs. Métier pénible et malsain s’il en est.

Au port du Havre, les grèves se succèdent cette année là dans les différents secteurs du port. Les « charbonniers » ne sont pas en reste, et s’organisent en syndicat. Ils réclament des augmentations de salaire et … des douches sur les quais. C’est la grève. La compagnie Transatlantique patronne du site refuse et décide d’un lock-out et fait intervenir la force publique. La tension monte chez les 580 charbonniers avec à leur tête un nommé Jules Durand.

Pour contourner la grève, la Transat fait venir ce fameux Tancarville. La machine charge et décharge le charbon avec quelques non grévistes. Le 9 septembre une bagarre éclate entre grévistes et « jaunes » il y aura un mort. Jules Durand est arrêté comme instigateur de la rixe. Deux faux témoins seront soudoyés pour le charger. Sur la foi de ces témoignages, la Cour d’Assise de Rouen le condamnera à mort. Jules Durand a un jeune avocat, René Coty, le futur Président de la République. Il s’ensuit un important mouvement de protestation y compris à l’étranger. On parle « d’affaire Dreyfus du pauvre » Devant la levée de boucliers, le président de la république Armand Fallières le gracie et sa peine est commuée en sept ans de réclusion. En 1911 une contre-enquête diligentée par la cour de cassation conclue à la machination ourdie par la Transat. 
Il est libéré. 

Ce n’est qu’en 1922 qu’il sera définitivement innocenté et sa réhabilitation publique
n’aura lieu qu’en 1956, trente ans après sa mort.

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