Et un train entre en gare de La Ciotat!
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Le cinématographe venait de naître. Les frères Lumière sans le savoir
allaient bouleverser le paysage de la représentation et du spectacle.
Rapidement, l’invention est prise en main par des artistes
visionnaires, venus du café-concert, du cabaret, du cirque. Méliès,
entre autres en France.
En 1897 un dénommé Frégoli né à Rome mais installé à Paris,
fait la connaissance d’Auguste Lumière et lui achète un appareil de
projection, avec l’autorisation de s’en servir. A l’époque les appareils
avaient la double fonction de caméra et de projecteur. Frégoli voir là
de quoi améliorer et renouveler ses numéros de transformiste. Il en
tirera des effets comiques. En cela, il peut être considéré comme le
pionnier de cinéma comique. Comme il fréquente les comédiens
italiens de Paris, les Alpes sont vite franchies par cette invention.
Le cinéma italien se constitue rapidement de manière autonome
.
Les
spectacles cinématographiques sont composés de courtes fictions
de documentaires et pour clore la séance avec « la comica finale »
Ces premiers films comiques sont réalisés vers 1905.
Un
acteur se dégage du lot et tournera un très grand nombre de fois
sous le nom de « Cretinetti » (tout un programme!) Ses succès font
de nombreuses vocations. Ce sont plusieurs dizaines de comiques
qui emboîtent le pas de Cretinetti. La plupart de ces films ont
aujourd’hui disparu mais il semble que ce n’est pas été de réels
chefs-d’œuvre. Très médiocres même, si on en croit les critiques de
l’époque.
En attendant, l’Italie qui a une grande tradition artistique s’adapte
parfaitement à ce nouveau medium et sera appelé à faire école.
Cretinetti aurait-il inspiré Buster Keaton ? Ce n’est pas
invraisemblable.
Ne nous attardons pas plus sur ces aventures
de la « commédia
all’italiana ». Le genre sombre rapidement, tout le monde se lassant,
public, comédiens, producteurs. Il était temps de passer à des choses
plus élaborées, d’autant que la concurrence du cinéma américain est
rude. Il faut reconnaître que les burlesques américains étaient
largement supérieurs.
Poussé
par cette concurrence, les cinéastes italiens développèrent des
comédies plus élaborées. Naissance de la comédie de mœurs. Qui
met en scène, amours, mariages, et adultères.
Mais ce qui manquait cruellement au cinéma italien et en particulier
à la comédie, c’était la parole, dans un pays où celle-ci règne en
maître et où la richesse de la langue et des dialectes est
incomparable. Il a fallu attendre les années 30 pour qu’enfin le
cinéma prenne cette parole en se libérant des chaînes du muet qui lui
rognaient les ailes.
Le parlant allait libérer les créativités, donner enfin aux comédiens
l’élan qu’ils attendaient. Les dialogues, les répliques allaient donner
une nouvelle dimension aux films, enthousiasmer le public, on allait
pouvoir sortir du burlesque, des coups de pied, des tartes à la crème
et des courses poursuite entre moustachus au regard charbonneux.
« La canzone dell’amore » sera le premier film parlant tourné en
Italie.
Seul
bémol, Musolini ! Depuis sa prise de pouvoir en 1922 il a
établi
une dictature. Une censure contrôle toute la production
cinématographique. Alors pour produire les cinéastes s’autocensurent
et évitent tout ce qui peut avoir rapport à l’actualité ou des sujets peu
conformes à la morale fasciste.
A tel point que dans les films de cette époque on ne verra pas un seul
acteur avec une chemise noire. On ne sait comment cela aurait pu
être interprété par une censure tatillonne et suspicieuse.
Les comédies restent intemporelles et aucune allusion n’est faite à la
politique. Il y a des résurgences de la comédia dell’arte et
l’avènement d’un genre qu’on appellera plus tard les « péplums ».
Un fera date « Néron » qui mélange Polichinelle et l’empereur de
triste mémoire. Réalisé par Alessendro Blasetti, dans le style
grotesque que des spectateurs avisés identifieront aisément au
« Duce » mais que la censure ne percevra pas, ce qui n’est pas hélas
le cas pour tous.
Mais ce sont surtout des romances d’amour que l’on tourne ou des
comédies musicales. La mise en service en 1937 de Cinecittà
crée avant tout pour concurrencer Hollywood et tourner des films de
propagande ne changera rien à cette production en général assez
mièvre, à l’exception de quelques comédies brillantes qui feront
date. Quelques réalisateurs marqueront pourtant cette époque, et que
l’on retrouvera plus tard pour le meilleur, parmi lesquelles, «Victorio
de Sica ». Nombreux seront ceux qui y font leurs armes car s’il y a
peu de grands films à l’époque, la qualité technique est parfaite.
Si ces films rencontrent leur public il n’en est pas de même pour les
productions propagandistes qui sont à chaque fois des échecs
commerciaux et interrogent les dirigeants fascistes. Les italiens qui
au moment de la guerre d’Éthiopie avaient enfourché par
nationalisme le cheval des fascistes, s’en étaient peu à peu détachés
pour s’en couper complètement avec l’entrée en guerre de l’Italie en
1940.
Après une période entre 1940 et 1945 où l’incertitude politique était
grande, les comédies restaient encore loin des préoccupations des
italiens et restaient pour eux de simples distractions, mais une
nouvelle génération de comédiens de talent voyait le jour : Totò le
clown magnifique, les frères De Filippo, Gilberto Govi, Aldo Fabrizi
pour ne citer qu’eux.
Il faudra attendre la fin de la guerre pour que se libèrent
complètement les talents. Curieusement, après la libération les
productions cinématographiques ne cèdent pas à l’allégresse
générale, mais abordent des sujets plus graves, et abordaient la
réalité du moment, qui n’était guère brillante dans les années 45 à
50.
Naissait alors ce que l’on nomme le « Néo-réalisme »
en réaction à
ce qu’on a appelé la période des « téléphones blancs »
des films souvent mièvres faits pour fairerêver les "sartine", les "midinettes".
Le néo-réalisme met en scène des récits souvent dramatiques, sur
fond de pauvreté et de dureté de la vie. Mais la drôlerie n’est pas
toujours absente. Nous sortons presque ici de la comédie, mais peut-
on faire l’économie d’un mouvement artistique aussi important,
même s’il fut de courte durée. Ces films de la deuxième moitié des
années 40 portent en germe les productions des décennies suivantes
et qui décortiqueront la société italienne.
Ce sont des dizaines de films qui seront tournés à l’époque. Fictions,
à forte imprégnation documentaire. Cette période inaugure un âge
d’or du cinéma italien.
On
retiendra seulement 4 films des plus emblématiques :
« Rome
ville ouverte »
de Roberto Rossellini
avec Aldo Fabriziet Anna Magnani,
(sur l'occupation
allemande)
« Païsa » de Roberto
Rossellini, (sketches sur la libération par les
USA) beaucoup moins dramatique.
« le voleur de bicyclette » de Vittorio de Sica
« Riz amer »
de Giuseppe De Santi avec Silvana Mangano et Vitorio
Gassman. (les mondines ces ouvrières misérables de la plaine du Pô)
CINé du Répertoire
Coïncidence à Toulon le cinéma Le Royal programme cette semaine RIZ AMER voir : https://www.cineroyaltoulon.com/_files/ugd/34bd50_d8a894d526c84b4aaa3c10d32eed4551.pdf
Pourtant dès le début des années 50, il y a une désaffection pour le
néo-réalisme sombre. Le public se lasse, les réalisateurs aussi. Le
public italien aime les comédies. Mais ses goûts on évolués, il lui
faut des films qui ne soient pas uniquement des divertissements
, mais qui ne soient pas dramatiques pour autant. On assiste alors à
une floraison de films qui montrent la réalité de la vie mais qui
soient drôles.
.
La « commédia
all’italiana »
genre si profondément italien était née.
Elle devait inonder non seulement les écrans péninsulaires mais
ceux du monde entier. Les studios tournent à plein régime, chaque
année c’est environ 150 longs métrages qui sortent. Plus de 12 par
mois ! Tous ne sont pas forcement des chefs-d’œuvre, mais c’est le
signe d’une bonne vitalité et de santé économique pour le secteur.
Quand le bâtiment va, tout va !
À cette époque un nom de comédien se détache. Totò
Entre 1950 et 1960 on le retrouve au générique de 55 films. Excusez
du peu ! Beaucoup tiennent par la personnalité de l’acteur comme
chez nous avec De Funes et donner naissance à un véritable genre.
C’était une immense vedette populaire. Grand improvisateur mais
difficile à cadrer pour les réalisateurs qui s’arrachent les cheveux.
Dans cette période fastueuse, apparaissent des jeunes comédiens et
comédiennes qui tiendront le haut de l’affiche pendant des années
encore, Pour les hommes, Marcello Mastroianni, Alberto Sordi, Ugo
Tognazzi, Nino Manfredi, Vittorio Gasman. Et pour les actrices
Sophia Loren (ci dessous avec Mastoianni), Gina Lollobrigida, Claudia
Cardinale, Anna Magnani.
A cette époque les réalisateurs quel que soient leur talent et le succès
de leurs films s’effacent au profit des acteurs. La nouvelle vague
n’était pas encore passée par là avec la politique des auteurs chère
aux Truffaut et Godard et qui influèrent sur toute la production
mondiale malgré les réticences d’Hollywood.
C’est dans les années 60 que le genre atteint sa plénitude. Dans la
foulée de film comme « Le Pigeon » de Monicelli tourné en 58
arrivent des réalisateurs et des films qui vont faire muter la comédie
italienne. C’est le temps des Dino Risi, des Comencini.
La
comédie de mœurs évolue et prend un poids plus politique et
social. On tourne des fresques historiques par exemple « La grande
guerre » de Mario Monicelli sur l’absurdité de la guerre avec
beaucoup d’humour malgré le sujet.
.
On commence à
parler de la corruption, de la « combinazione » des
difficultés de vie. C’est pourtant l’époque du boom économique.
Boom dont le peuple tarde à en voir les effets, surtout ceux du
Mezziogiorno.
Le phénomène va durer jusqu’à aujourd’hui,
même si les crises
économiques n’ont pas épargné la production cinématographique
comme toutes d’ailleurs.
En 1979 paraît sur les écrans un film qui fera date et illustre bien
cette période où on s’interroge. « Affreux, sales et méchants » d’
Ettore Scola qui traite avec un humour décapant de la vie dans un
bidonville de la banlieue de Rome, d’une famille venue du Sud.
Avec Vittorio Gassman en chef d’une famille en pleine dérive,
alcoolique, violent et tyrannique et une famille truculente et quelque
peu amorale mais tellement sympathique.
Dans ces décennies on ne peut citer tous les réalisateurs tant ils sont
légions. Les Antonioni, Visconti, avec ses grandes fresques, Sergio
Léone,
L’inventeur du Western spaghetti, Bellocchio, Roberto Begnini,
Comencini, Pasolini, même si on ne peut le range dans la catégorie
comédie, Dino Risi, et les contemporains Paolo
Sorentino. Nani Moretti.
et bien entendu Frederico Fellini,
le géant, bien qu’il soit à part, avec une filmographie dépassant la
comédie en laissant une grande part au rêve, au fantastique et
l’introspection psychanalytique.
Que les autres me pardonnent.
Voilà pour ce panorama de la Comédie italienne. Un peu rapide
certes, mais comment faire autrement devant une telle richesse et
abondance tant en quantité et qu’en qualité, et qui n’a pas fini de
nous
étonner.
A vos écrans !







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