mardi 26 mai 2026

Le génie italien de la comédie


De polichinelle à Frédérico Fellini

Conférence prononcée le 16 mai 2026 pour l’association La Londe Italie.

Première partie: La Commedia dell'arte 



C’est un réel plaisir d’être parmi vous pour évoquer l’Italie

 et particulièrement la « commédia all’italiana ».

L’Italie est le pays des arts, de la musique, de la grande comme de la

 petite si tant est que la musique puisse être petite, et de la comédie.


Une question :

Qu’est-ce que la comédie ?

On peut la définir par opposition à la tragédie.

La tragédie c’est le drame, les sombres intrigues, les personnages

 graves et sérieux, dépassés par les éléments ou victimes de

 malédictions.

La comédie c’est la légèreté, la drôlerie, la fantaisie, le burlesque.

Ce qui n’exclut pas le sérieux qui n’est pas synonyme de sinistre !

Mais bien souvent les genres se mélangent.


Ce qui compte pour définir la comédie ou la tragédie, ce n’est pas le

 sujet mais le regard, la manière de traiter l’histoire.


Tout sujet peut être traité en comédie ou en tragédie.

Prenons un exemple, sans doute extrême :


Le film de Roberto Begnini, la Vie est belle


On y parle de la déportation,

 sujet tragique s’il en est. Pas

 franchement de la rigolade.

 Pourtant c’est l’histoire d’un

 père déporté avec son jeune fils

 qui tente de masquer l’indicible,

 la terrible réalité, derrière

 l’apparence d’une comédie. 

 Ça donne un film drôle,  

 plein de charme, et grave à la fois.


On a dit à propos de la comédie « que quand on a fini d’en rire, on

 devrait en pleurer. »

Tentons d’en dresser le panorama de la la comédie italienne.

Forcement incomplet.

Née au XVI siècle,
en pleine Renaissance,


 La « commedia 
dell'arte »   

comédie de masques souvent

 d’origine carnavalesque

 et populaire. C’est une

 émanation des Mystères et

 spectacles religieux du Moyen-

Âge. Les personnages y sont

 stéréotypés.


Il y a Pantalon,


 originaire de Venise, c’est un vieillard crédule, naïf,

 mais avare et libertin. Il est le père de deux filles très désobéissantes

qu’il cherche à marier.


Il y a des servantes délurées et impertinentes qui souvent prennent le

 parti des deux filles. Ce schéma inspirera tout le théâtre européen et

 en France un certain Molière.


Vient ensuite le Docteur.


 Personnage savant ou du moins qui le

 croit, mais ridicule et volontiers charlatan, rival, parfois ami de

 Pantalon. On le retrouvera chez Molière encore dans le malade

 imaginaire.

Le Capitan ou Matamore.


C’est un soldat, vantard, fanfaron mais

 lâche. Qui servira d’inspiration à Théophile Gauthier pour son

 Capitaine Fracasse et encre plus tard pour un roman de Michel

 Zévaco qui donnera le film le « Capitan » d’André Hunebelle en

 1960.


Il y a les Zannis,


 ces valets, déclinés sous différents noms et 
caractères. Intelligents ou

 stupides suivant les fois. Souvent fourbes ou pataud. Ils deviendront

Sganarelle et Scapin chez Molière.

Apparaissent enfin les Amoureux, et les suivantes.

Colombine,


une coquette dont Arlequin le vénitien est amoureux

 et Polichinelle  le bossu napolitain proche personnage d’Arlequin.



Tels sont les principaux personnages de cette comédie. Tous sont

 issus plus ou moins directement des bouffons du Moyen Âge.


Le spectacle bâti autour d’une trame simple vaut surtout par le talent

 des acteurs, les caractères de ses personnages que le public aime à

 retrouver et sur des bastonnades et autres pantalonnades. Le lyonnais

 Guignol s’en inspirera.



On peut légitimement se poser la question de la parenté de certains

 personnages de la « commedia » avec certains autres des Pastorales

 et de la Crèche provençales. Entre autres les valets, et Lou Ravi, ou

 lou Pistachier en particulier !

Exemple d’argument : 




« Les vieillards amoureux »


Pantalon est amoureux de Colombine


Le Docteur également

.
Colombine se moque d’eux et va leur jouer un bon tour.

Le valet Brighella va l’aider. Il se présente à Pantalon et lui

 fait boire un vin magique qui aura la vertu de rendre

 Colombine amoureuse de lui, mais qui se présentera à lui

 sous une apparence inattendue.

Il tient le même discours au Docteur. Les deux prétendants

se hâtent de boire le philtre magique.

Ils se retrouvent face à face, chacun étant persuadé d’avoir

 affaire à colombine sous la forme de l’autre barbon. Et

 tombent dans les bras l’un de l’autre,


quand ils se rendent compte de leur méprise. Colombine

 qui les observe par la fenêtre les arrose avec un seau d’eau.

 Rideau !

On voit que la trame est simple. On lui retrouvera un pendant dans

 « L’élixir d’amour » l’opéra de Donizetti de 1832.


Suite mardi prochain:  Deux rénovateurs, Gozzi et Goldoni.

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