De polichinelle à Frédérico Fellini
Conférence prononcée le 16 mai 2026 pour l’association La Londe Italie.
Première partie: La Commedia dell'arte
C’est un réel plaisir d’être parmi vous pour évoquer l’Italie
et particulièrement la « commédia all’italiana ».
L’Italie est le pays des arts, de la musique, de la grande comme de la
petite si tant est que la musique puisse être petite, et de la comédie.
Une question :
Qu’est-ce que la comédie ?
On
peut la définir par opposition à la tragédie.
La tragédie c’est le drame, les sombres intrigues, les personnages
graves et sérieux, dépassés par les éléments ou victimes de
malédictions.
La comédie c’est la légèreté, la drôlerie, la fantaisie, le burlesque.
Ce qui n’exclut pas le sérieux qui n’est pas synonyme de sinistre !
Mais bien souvent les genres se mélangent.
Ce qui compte pour
définir la comédie ou la tragédie, ce n’est pas le
sujet mais le regard, la manière de traiter l’histoire.
Tout sujet peut
être traité en comédie ou en tragédie.
Prenons un exemple, sans doute extrême :
Le film de Roberto Begnini, la Vie
est belle.
On y parle de la déportation,
sujet tragique s’il en est. Pas
franchement de la rigolade.
Pourtant c’est l’histoire d’un
père déporté avec son jeune fils
qui tente de masquer l’indicible,
la terrible réalité, derrière
l’apparence d’une comédie.
Ça donne un film drôle,
plein de charme, et grave à la fois.
On a dit à propos de la comédie « que quand on a fini d’en rire, on
devrait en pleurer. »
Tentons
d’en dresser le panorama de
la la comédie italienne.
Forcement incomplet.
Née
au XVI siècle, en pleine
Renaissance,
La « commedia dell'arte »
comédie de masques souvent
d’origine carnavalesque
et populaire. C’est une
émanation des Mystères et
spectacles religieux du Moyen-
Âge. Les personnages y sont
stéréotypés.
Il y a Pantalon,
originaire de Venise, c’est un vieillard crédule, naïf,
mais avare et libertin. Il est le père de deux filles très désobéissantes
qu’il cherche à marier.
Il y a des servantes délurées et impertinentes qui souvent prennent le
parti des deux filles. Ce schéma inspirera tout le théâtre européen et
en France un certain Molière.
Vient ensuite le Docteur.
Personnage savant ou du moins qui le
croit, mais ridicule et volontiers charlatan, rival, parfois ami de
Pantalon. On le retrouvera chez Molière encore dans le malade
imaginaire.
Le
Capitan ou
Matamore.
C’est un soldat, vantard, fanfaron mais
lâche. Qui servira d’inspiration à Théophile Gauthier pour son
Capitaine Fracasse et encre plus tard pour un roman de Michel
Zévaco qui donnera le film le « Capitan » d’André Hunebelle en
1960.
Il y a les Zannis,
ces valets, déclinés sous différents noms et caractères. Intelligents ou
stupides suivant les fois. Souvent fourbes ou pataud. Ils deviendront
Sganarelle et
Scapin chez
Molière.
Apparaissent enfin les Amoureux, et les suivantes.
Colombine,
une coquette dont Arlequin le vénitien est amoureux
et Polichinelle
le
bossu napolitain proche personnage d’Arlequin.
Tels sont les principaux personnages de cette comédie. Tous sont
issus plus ou moins directement des bouffons du Moyen Âge.
Le
spectacle bâti
autour d’une trame simple vaut surtout par le
talent
des acteurs, les caractères de ses personnages que le public aime à
retrouver et sur des bastonnades et autres pantalonnades. Le lyonnais
Guignol s’en inspirera.
On
peut légitimement se poser la question de la parenté de certains
personnages de la « commedia » avec certains autres des Pastorales
et de la Crèche provençales. Entre autres les valets, et Lou Ravi, ou
lou Pistachier en particulier !
Exemple d’argument :
« Les vieillards amoureux »
Pantalon
est amoureux de Colombine
Le Docteur également
.
Colombine
se moque d’eux et va leur jouer un bon tour.
Le valet Brighella va l’aider. Il se présente à Pantalon et lui
fait boire un vin magique qui aura la vertu de rendre
Colombine amoureuse de lui, mais qui se présentera à lui
sous une apparence inattendue.
Il tient le même discours au Docteur. Les deux prétendants
se hâtent de boire le philtre magique.
Ils se retrouvent face à face, chacun étant persuadé d’avoir
affaire à colombine sous la forme de l’autre barbon. Et
tombent dans les bras l’un de l’autre,
quand ils se rendent compte de leur
méprise. Colombine
qui les observe par la fenêtre les arrose avec un seau d’eau.
Rideau !
On voit que la trame est simple. On lui retrouvera un pendant dans
« L’élixir d’amour » l’opéra de Donizetti de 1832.
Suite mardi prochain: Deux rénovateurs, Gozzi et Goldoni.









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