mardi 2 juin 2026

Le génie italien de la comédie 2



Deuxième partie: Deux rénovateurs, Gozzi et Goldoni.



L’Italie s’exporte, en France, où les artistes italiens trouvent un

 public nouveau, et cela pour très longtemps. On le verra jusqu’à nos

 jours avec le succès du cinéma italien.

Passent les ans. Le théâtre évolue.

Les personnages de la "commédia" évoluent peu à peu, mais c’est

surtout la forme théâtrale qui évolue.

On conserve les personnages et leur typologie. Il faut s’adapter au

 public, qui ne se satisfait plus des « pantalonnades » dont il s’est

 accommodé durant trois siècles.

Des auteurs, le plus souvent directeurs de théâtres ou de troupes se

mettent à écrire et comme le théâtre est un divertissement populaire,

on y croise aussi bien les bourgeois et les nobles que leurs cochers.

Et comme le public s’y rend souvent plusieurs fois par semaine ou

même par jour, il convient de se renouveler en permanence.


Les pièces construites autour d’un argument en général très simple,

laissent des espaces libres pour l’improvisation. Les comédiens tout

 en respectant la trame de l’action et les caractères de leurs

 personnages, s’adaptent dans ces espaces et improvisent pour la plus

 grande joie du public qui souvent revient pour voir comment

l’intrigue va évoluer.


Les comédiens font usage de grande liberté, au grand dam des esprits

 chagrins et des senseurs.



Sur scène, on n’hésite pas pour les hommes à trousser les comédiennes 

qui elles n’hésitent pas non plus à faire étalage de leurs charmes,

pour la plus grande joie des spectateurs. L’époque est très

décomplexée sur le sujet !


C’est alors qu’apparaissent deux personnages qui vont révolutionner

le théâtre et lui donner sinon ses lettres de noblesse du moins plus

 d’élévation tout en restant populaire.


Carlo Gozzi et Carlo Goldoni tous deux vénitiens et mortels ennemis.

 Goldoni est né en 1707, Gozzi en 1720. Rivalité, jalousie, on ne

 compte plus les coups bas et les procès dont ils se gratifièrent.

Tout oppose les deux Carlo si ce n’est qu’ils sont morts tous les deux

 à 86 ans. Belle longévité pour l’époque.




Goldoni est le réformateur, tandis que Gozzi  conservateur et

traditionaliste.


C’est un aigri, mauvais coucheur,

chicaneur (on ne compte plus les procès

qu’il intente à ses contemporains).

Tout ceci nous fait penser à la « Querelle des anciens et des

 modernes » version italienne et qui faisait rage depuis la

 Renaissance.



Goldoni
(Que l’on nomme le Molière italien) cherche le réalisme des

 situations, alors que son rival s’appuie sur la féerie des effets

 scéniques, reproche à Goldoni de détruire la comédie de masques.

Gozzi dira sur Goldoni :  « Amis, le voici ce bas-du-cul

 rondouillard. Courront tous à ses trousses et barrons lui la route ».


On peut dire pour employer un mot moderne, que Gozzi est plus

 commercial, ses succès éclipsent Goldoni qui doit s’exiler à Paris où

 il connaîtra alors le succès, deviendra professeur d’italien des

 enfants de Louis XVI. Il mourra dans la misère en 1793, la

 Révolution ayant supprimé toutes les pensions de cour.

Mais chacun de son côté développe ce que l’on pourrait appeler une

 « politique des auteurs » Les pièces de théâtre doivent être jouées

 telles quelles ont été écrites. Dans le respect du texte. Extrême

 nouveauté !

Venise à cette époque n’est
déjà plus la Sérénissime de l’âge d’or.

 Pourtant à aucune époque elle n’a été aussi riche et féconde en

 artistes: peintres Tiepolo,  Canaletto, les Guardi, ou musiciens.

 Vivaldi en tête . Pour ne citer qu’eux.
 

                                            JB Tiepolo. Le Banquet de Cléopâtre 

Tout au long de leurs carrières nos deux frères ennemis, écrivent tour

 à tour des comédies, des drames, voire des comédies dramatiques où

 peuvent se mêler à l’émotion des effets comiques ou même du

 fantastique pour ce qui est de Gozzi. Goldoni s’inspirant du théâtre

 français, qu’il connaissait bien tandis que Gozzi reste influencé par

 le théâtre espagnol importé par les juifs chassés d’Espagne depuis la

 période de la « Réconquista ».


Goldoni écrira plus de 200 pièces, en vénitien, sa langue maternelle,

 en toscan et en français.

Pour les situer citons de Goldoni parmi les œuvres les plus connues  :

Les rustres. Comédie de mœurs. 



Quatre bourgeois (Les rustres) essaient d'imposer des

coutumes traditionnelles à leurs épouses, ils leur interdisent

de suivre les modes, de quitter la maison, même de regarder

par le balcon, d'aller à des fêtes ou de voir des comédies.

Bien sûr les dames se rebellent et montrent bien plus de

finesse que leurs époux..


Gozzi aura une œuvre théâtrale pléthorique ( comédies tragédies)

mais aussi des traductions (Marivaux , Boileau) une imposante auto-

biographie, dans laquelle il égratigne pas mal de ses contemporains

 et en particulier bien entendu Goldoni son souffre-douleur.

Chez Gozzi on connaît Turandot une tragi-comédie qui devait

 inspirer un opéra à Puccini. 



C’est l’histoire d’une princesse chinoise qui pour choisir son

 époux, et pour se venger d’une vieille affaire, soumet ses

 prétendants à une épreuve qui comporte trois énigmes. En

 cas d’échec, le prétendant est décapité mais s’il réussit il

 montra sur la trône. Rassurez-vous tout se termine bien...

Enfin à peu près ! Bien sympathique demoiselle !


Gozzi fait preuve ici d’une grande misogynie. Ce n’est pas une

 surprise vu le personnage. Comme quoi peut être un grand auteur et

 quelqu'un d’exécrable !


Suite mardi prochain : Les « PUPPI » un art populaire.

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