mardi 9 juin 2026

Le génie italien de la comédie 3

 Les « PUPPI » un art populaire.



Nous voici rendus à l’orée du XIXe siècle.

Les temps changent. Peu à peu la comédie de masque disparaît. Le

 théâtre qui réunissait dans le même divertissement public populaire,

 public bourgeois, et aristocratique va évoluer vers des formes qui

 vont scinder ces publics. En Italie c’est l’âge d’or de l’opéra qui

 rassemblera encore. Mais on assiste par ailleurs à la naissance du

 théâtre bourgeois qui écartera une partie des spectateurs.


Signe des temps le parterre d’où on assistait au spectacle debout se

 remplie de sièges. Les cochers, les domestiques et le petit peuple,

 public habituel, est relégué au « poulailler » tout en haut de la salle.

Ce qui ne l’empêche pas de manifester si la pièce ne lui convient

 pas ou s’il juge que les acteurs sont mauvais. Ce que ne fait pas le

 public du parterre plus poli et surtout plus en retenu. Mais ces

 spectateurs populaires désertent pour se tourner vers d’autres salles

moins collet monté et des spectacles qui leur parle davantage que

ceux des scènes bourgeoises.

Il y a une forme de spectacle dont nous n’avons pas encore parlé : les

 marionnettes Parfois appelées « puppi » en particulier dans le sud de

 la péninsule et en Sicile. Spectacle populaire par essence, spectacle

 de foire, de rue, ou de petits théâtre familiaux à Naples et en Sicile.

 Cet art ne demande que peu de moyens, une estrade parfois, une

 toile tendue entre deux poteaux des comédiens de bois, de chiffons

 et de l’imagination. Et là on n’en manque pas !


Les saltimbanques sont partout. Ils jouent devant un public debout,

qui réagit, commente, siffle ou applaudit. Pour toute billetterie les

enfants passent un chapeau, bien sûr si l’occasion se présente et s’ils

sont adroits ils en profitent pour faire les poches des badauds fascinés

par le spectacle. 



La vie est dure sur les routes et puis demain on 
sera ailleurs, bien

loin.

Les types de « puppi » sont nombreux, à gaine à fils, marottes, à

tringles..

Mais c’est à un type particulier de puppi que nous allons nous

intéresser. Pour leur richesse d’abord mais surtout parce qu’ils ont

 donné naissance à un véritable art. Moins anciennes qu’on pourrait

 le croire, elles apparaissent au début du XIXe Siècle mais ont un tel

 succès qu’elles éclipsent toutes les autres formes de marionnettes, ce

 sont les marionnettes dites siciliennes et napolitaines. Celles-ci

 évoluent dans de petites salles, souvent chez des particuliers qui

 ouvrent leur logis le temps d’une représentation. 




Ces petits théâtres de marionnettes sont avant tout des affaires

familiales.



 Les puppi sont fabriqués souvent à partir de matériaux

de récupération, et les spectacles ne sont pas l’activité principale des

membres de la famille.

Elles perpétuent la tradition de la chanson de geste médiévale et plus

particulièrement la Chanson de Roland, ce neveu de Charlemagne,

grand pourfendeur, comme on sait, de sarrasins. Une culture

importée par les rois normands qui ont régné sur la Sicile.

Elles obéissent à une tradition bien établie, ce qui n’exclue pas une

grande inventivité. Tant pis alors pour le réalisme, la réalité

historique et les anachronismes.



 Ce ne sont qu’histoires de chevalerie, de gentes dames, tout cela dans 
un déluge de bruit furieux de batailles, de cris, de coup de tonnerre, de ferraille, avec la participation active du public qui n'hésite pas à encourager les combattants, à conspuer les méchants et les traitres, car il y en a! ainsi que les sarrasins. Ce sont essentiellement des hommes adultes qui constituent ce public.


Les femmes et les enfants y sont rares. Ce qui peut encourager une

certaine liberté où les bonnes mœurs peuvent être malmenées et le

 vocabulaire fleuri.


Les principaux personnages :



Roland (Orlando) toujours avec un corbeau sur son casque.




Renaud (Rinaldo)

Charlemagne

La Princesse (Angélica)


et des Sarrasins  



Les puppi tiendront la scène longtemps. Du moins jusqu’au dernier

quart du XXe du siècle dernier, concurrencés comme beaucoup

d’autres spectacles par la télévision et Internet.

Aujourd’hui quelques familles maintiennent la tradition, mais les

spectacles se professionnalisent, s’institutionnalisent et

s’embourgeoisent au risque de perdre la dimension populaire des

origines qui a fait son charme. Faut-il le regretter ? C’est un signe

des temps.

Si le côté artisanal de la fabrication des marionnettes demeure, on se

produit dans des festivals comme celui de Palerme et aussi à

l’étranger, les tour-opérateurs et offices de tourisme les proposent à

leurs clients tandis que les italiens restent devant la télé . Enfin,

ultime consécration, l’UNESCO l’inscrit en 2018 au patrimoine

culturel immatériel de l’humanité. 


Mardi prochain: Un train entre en gare de La Ciotat!








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